Les avocats pro Deo prêts à mener des actions

Jean-Claude Matgen
- Mercuriale de rentrée à la Cour d'Appel: avocats - Gelegenheidstoespraak in het Hof van Beroep: advocaten
- Mercuriale de rentrée à la Cour d'Appel: avocats - Gelegenheidstoespraak in het Hof van Beroep: advocaten ©Photo News

Ils se plaignent des effets "pervers" de la réforme de l’aide juridique et mettent la pression.

Les avocats pratiquant l’aide juridique, autrement dit les avocats pro Deo, ne sont pas contents. Deux "tuiles", selon la formule du président de l’Ordre des barreaux francophones et germanophone (OBFG), Me Jean-Pierre Buyle, leur sont tombées sur la tête.

Dix-neuf janvier date butoir

Si le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt (N-VA) et celui de la Justice Koen Geens (CD&V) ne bougent pas rapidement pour "réparer les dégâts", des actions pourraient être menées après le 19 janvier. Ce jour-là en effet, le Bureau d’aide juridique de Bruxelles, qui représente 25 % de l’aide juridique de Belgique et plus de 50 % de celle dispensée au sein de l’OBFG, tiendra une assemblée générale qui s’annonce houleuse.

Quels sont les motifs de l’inquiétude voire de la colère des avocats ?

1. Le fonds de financement. L’aide juridique a été réformée par une loi entrée en vigueur le 1er septembre 2016. Il était prévu qu’un fonds de financement soit créé dans le même temps, doté d’un budget de 17 millions d’euros, de quoi, notamment, compenser le surcroît de travail que la nouvelle nomenclature impose aux avocats pro Deo. Mais le Conseil d’Etat a rendu un avis négatif, estimant que ce fonds n’avait pas à être alimenté uniquement par des contributions exigées des personnes condamnées dans des affaires pénales. "A l’époque, explique Me Buyle, nous avons proposé à M. Geens que l’entrée en vigueur de la loi soit postposée jusqu’à la mise en œuvre du fonds. Notre demande a été rejetée mais promesse nous a été faite que ce fonds serait créé pour le premier janvier 2017 au plus tard. Nous n’avons pas insisté."

Le hic, c’est que la promesse faite par M. Geens a du plomb dans l’aile. Un nouveau texte a été soumis au Conseil d’Etat mais il a, lui aussi, été recalé par celui-ci. Dans un avis rendu, en néerlandais uniquement, le 15 décembre, le Conseil d’Etat soutient que la contribution demandée aux justiciables ne peut être considérée comme une participation au bénéfice du service public de la justice mais qu’il s’agit… d’un impôt. Et que l’installation du fonds exige le vote d’une loi et non l’adoption d’un simple arrêté royal. "Le parcours législatif nécessaire à l’adoption du fonds risque de prendre pas mal de temps", observe Me Buyle. Et cela, les avocats pro Deo ne sont pas prêts à l’accepter.

Il faut savoir, en effet, que sans augmentation du budget de l’aide juridique - et le fonds aurait pu contribuer à cette augmentation - la valeur du point (c’est par un système de points traduisant le poids de chaque acte posé par l’avocat que l’on rétribue celui-ci) passera de 26,01 euros (tarif déjà qualifié de misérable par la profession) à… 24,15 euros.

2. Ticket modérateur. La réforme de l’aide juridique impose désormais au "bénéficiaire" de payer un ticket modérateur de 20 euros lorsqu’il consulte un avocat et de 30 euros lorsqu’il entame une procédure. Le gouvernement justifie cette contribution par une volonté de responsabiliser les justiciables avant toute démarche judiciaire. Ce à quoi personne ne s’attendait, c’est qu’une circulaire du SPF Finances considère que la TVA (21 %) devait s’appliquer à l’aide juridique. Le ticket modérateur va donc passer de 20 à 24 euros et de 30 à 36. "On ne peut donc plus parler de modeste contribution, comme le fait le gouvernement. C’est d’une punition infligée aux plus démunis qu’il s’agit", scande Me Buyle.


A l’offensive

Une solution rapide. L’OBFG a fait part de ses inquiétudes au ministre de la Justice dans une lettre du 19 décembre. "Contrairement à l’habitude, M. Geens n’a même pas donné accusé de réception. Je trouve cela inquiétant", dit Me Buyle. Celui-ci attend que les ministres des Finances et de la Justice rencontrent au plus vite l’OBFG et compensent la TVA de 21 % appliquée au pro Deo. Et que l’on trouve d’urgence une solution s’agissant du fonds de financement.