La Défense pourrait perdre un quart de ses forces combattantes

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Armée ABL militaire milice arme fusil exercice manoeuvre attaque munition véhicule équipement budget matériel dépense défense nationale ministère protection soldat grade armement army entraînement tir belge ©Jean-Luc Flémal
Antoine Clevers

Telle est la prédiction du syndicat CGPM si la réforme des pensions des militaires est appliquée.

Exemple éclairant. Dans une dizaine d’années, si la réforme des pensions est appliquée telle que décidée par le gouvernement, l’armée ne sera plus en mesure de déployer 1 800 soldats dans les rues (toutes choses restant égales par ailleurs) comme elle l’a fait en 2016, mais seulement mille.

Cette projection est celle du syndicat militaire CGPM (Centrale générale du personnel militaire), qui interviendra ce mercredi à la Chambre pour un débat sur le plan stratégique 2015-2030 du ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA). Un plan qui a pour ambition de mettre en place d’ici 2030 une armée plus petite, plus jeune, mieux équipée et plus facilement déployable.

Ça, c’est la théorie. Dans la pratique, tout est bloqué. En cause? La réforme des pensions des militaires décidée par le gouvernement en octobre dernier et qui prévoit de relever l’âge du départ à la retraite des soldats de 56 ans à 63 ans entre 2018 et 2030. "Au minimum 63 ans", corrige Roger Housen, consultant en stratégie pour la CGPM, pointant "la condition de carrière de 42 ans".

Sur le fond, la CGPM estime que cette réforme est en tout point contradictoire avec les objectifs du plan stratégique. L’armée perdra de toute façon des capacités opérationnelles (des forces combattantes) dans le futur en raison de la diminution prévue du personnel. Mais, selon Roger Housen, la baisse sera beaucoup plus marquée avec la réforme des pensions. Par rapport à 2017, la perte de capacités sera de 20 % en 2022 (9 % de plus que les prévisions du plan stratégique) et de 25 % en 2028 (15 % de plus). Un quart des forces combattantes auront donc disparu en dix ans.

Moyenne d’âge, effectifs et budgets

M. Housen arrive à cette conclusion après avoir analysé l’évolution des effectifs, de la moyenne d’âge et des budgets disponibles.

Le plan stratégique veut rajeunir les cadres militaires ? La moyenne d’âge passerait de 41,2 ans en 2016 à 34,1 ans en 2030. Si on tient compte de la réforme des pensions, donc en retardant le départ à la retraite des militaires, la moyenne serait de 38,7 ans. Pis, si le surcoût budgétaire de la réforme (3,1 milliards d’euros, selon l’état-major, liés aux salaires à prendre en charge plus longtemps) devait être compensé par une diminution des recrutements, l’âge… augmenterait à 45,3 ans.

Le plan stratégique veut une armée plus petite ? Objectif : 24 000 soldats (plus mille civils), contre 30 000 aujourd’hui. Avec la réforme des pensions, on stagnerait à 29 000 hommes. Et si, à nouveau, le surcoût est compensé par une baisse des recrutements, on chuterait à 21 000 soldats.

Enfin, le plan stratégique veut une armée mieux équipée ? Quelque 9,2 milliards d’euros sont prévus pour l’achat de matériel (avions, navires, etc.). En 2017, les coûts du personnel représentent 76 % du budget de la Défense, contre 17 % pour les coûts de fonctionnement, et 7 % pour les investissements. Une répartition jugée saine entre ces trois postes est la clé 50-25-25. C’est l’objectif du plan Vandeput. La réforme des pensions déstructurerait complètement cette donne. Si le surcoût des salaires est compensé par une baisse des recrutements, on aurait une armée bien équipée, résume la CGPM, mais avec "trop peu de gens pour se servir du matériel, mal formés et trop âgés". Ou alors, il faudra faire une croix sur de nombreux investissements.

Débat sur la pénibilité

Au gouvernement, les gros dossiers militaires (plan stratégique et remplacement des F-16) sont paralysés tant qu’une solution n’est pas trouvée sur les pensions. L’une des pistes évoquées concerne la pénibilité du métier de militaire, qui permettrait une atténuation de l’impact de la réforme. Mais la CGPM n’y croit pas. Roger Housen note qu’une enveloppe de 64 millions d’euros est prévue dans le cadre des discussions sur les métiers pénibles dans le secteur public. Or, selon ses estimations, si on permet aux soldats de partir un an plus tôt, le coût à l’horizon 2022 serait de 32 millions… "La moitié de l’enveloppe ! Or il y a aussi les enseignants, les pompiers, les policiers…"

Pour Yves Huwart, secrétaire général de la CGPM, "si tout le monde doit travailler plus longtemps, il est logique que les soldats le fassent aussi". Mais il plaide pour que ceux-ci conservent leur régime préférentiel, "un régime nécessaire à l’opérationnalité de l’armée". Son syndicat propose de se calquer sur les civils en repoussant d’un an l’âge de la retraite en 2025 (57 ans, contre 66 ans pour les civils) et un an encore en 2030 (58 ans, contre 67).