Une étudiante au Centre islamique et culturel de Belgique a rejoint le djihad en Syrie

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J. La.

Des jeunes partis en Syrie, pas un seul n’a étudié chez nous" , ainsi s’est exprimé, lundi, devant la commission d’enquête parlementaire attentats l’imam Galaye N’Diaye, invité en tant que représentant de la Grande mosquée du Cinquantenaire. Il soulignait que l’islam enseigné à la Grande Mosquée du Cinquantenaire, gérée par le CICB (Centre islamique et culturel de Belgique), est celui du "juste milieu".

Les annales judiciaires montrent cependant qu’au moins une jeune femme, partie en Syrie rejoindre un combattant djihadiste, a bien fréquenté, même si c’est épisodiquement, le Centre islamique et culturel de Belgique, qui ira même jusqu’à payer une amende de cette jeune femme pour port du niqab en rue.

Cette jeune femme est Marine P. Elle a gagné la Syrie en août 2013 avec sa fille, âgée d’à peine cinq ans après avoir épousé via Skype un djihadiste jamais vu auparavant. Elle a été condamnée à cinq ans de prison par défaut le 25 novembre 2015. Son parcours est lié à celui de deux autres converties, Julie V. et Melissa F., qui avaient tenté sans succès de rallier la Syrie avant d’être arrêtées. Elles ont été condamnées le même jour à trois et quatre ans de prison avec sursis.

Les parcours de Marine P. et de Julie V. avaient été détaillés au cours de leur procès. Elles sont nées en 1990, la première en région namuroise, la seconde à Marche-en-Famenne. Elles ont toutes deux, vers 15 ou 16 ans, été placées en centre pour jeunes en difficultés. C’est peu après qu’elles se sont connues. Toutes deux ont accouché à 18 ans d’une fille. Les deux pères - d’origine africaine - sont démissionnaires.

Elles ont déménagé à Bruxelles, où elles ont décidé d’approfondir leur islam au CICB, soit la grande mosquée du cinquantenaire, ainsi que dans une mosquée de Molenbeek. A l’époque, en 2012 et en 2013, elles ont été verbalisées à plusieurs reprises pour port du niqab - le voile intégral ne laissant qu’une mince ouverture pour les yeux. Au CICB, un prédicateur marocain, en charge des nouveaux convertis, leur a donné une formation.

La Grande mosquée paie les amendes

Cet homme rompu à la pensée wahhabite - l’islam puritain et rigoriste exporté et promu par les autorités de Riyad - a été entendu par la police. Selon lui, elles étaient peu assidues aux cours. Il a toutefois confié candidement, avait expliqué au procès le procureur fédéral, que le CICB avait bien payé certaines de leurs contraventions infligées pour port du niqab dans l’espace public.

Marine a pris avec sa fille un vol pour Hatay, porte d’entrée vers la Syrie, le 21 août 2013, trois semaines après s’être mariée, via Skype, avec un Franco-Tunisien combattant en Syrie. Elle était chauffée à blanc : "Je ne reviendrai sans doute jamais dans ce pays de mécréants que je déteste et que je demande à Allah de détruire", dira-t-elle dans un message à sa mère restée en Belgique.

Julie sera jalouse de Marine, qui lui proposera de la rejoindre et de devenir la deuxième épouse de son mari. Cela ne se fera pas. Julie a alors épousé le 11 janvier 2015, via Skype, Yacine, le mari de Mélissa qui était déjà en Syrie. Quatre jours plus tard, Mélissa a été arrêtée à l’aéroport de Charleroi alors qu’elle prenait un vol vers la Grèce avec son fils âgé de 14 mois. Julie a été arrêtée six jours plus tard.