La destitution du patron de la Loterie a été envisagée

Frédéric Chardon
Belgian state lottery CEO Jannie Haek answers questions during a press conference of the Belgian national lottery 'Nationale Loterij - Loterie Nationale' on the 2016 results and the 2017 perspectives, Friday 20 January 2017 in Brussels. BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE
Belgian state lottery CEO Jannie Haek answers questions during a press conference of the Belgian national lottery 'Nationale Loterij - Loterie Nationale' on the 2016 results and the 2017 perspectives, Friday 20 January 2017 in Brussels. BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE ©BELGA

Jannie Haek (SP.A) a choqué son CA et la ministre Wilmès (MR) en attaquant la presse.

En 2016, la Loterie a déposé une plainte contre X avec constitution de partie civile à la suite d’une série d’articles parus dans "La Libre". Une instruction judiciaire est actuellement en cours. Outre l’auteur de cet article, la police judiciaire (PJ) a entendu certains membres du comité de direction de la Loterie et de son conseil d’administration (CA). Le but : identifier ceux qui auraient pu "fuiter" vers la presse une série d’éléments confidentiels. Nous avions, notamment, révélé les plans du patron de la Loterie, Jannie Haek (SP.A), à l’égard de la trop coûteuse équipe cycliste Lotto. La PJ voulait également connaître nos sources dans un autre dossier : celui de la passe d’armes entre Jannie Haek et le PS à propos d’une campagne des socialistes francophones ("Lose for Life") contre le gouvernement Michel qui parodiait le célèbre jeu de la Loterie "Win for Life".

Le courroux de Wilmès

Fort heureusement, en Belgique, les journalistes ne doivent pas révéler leurs sources. Dans les faits, elles sont protégées. En attendant, cette plainte a provoqué l’émoi au sein du conseil d’administration de la société publique en charge des jeux de hasard. En septembre de l’année dernière, certains administrateurs ont même évoqué une "perte de confiance" vis-à-vis de Jannie Haek, accusé lors d’une réunion du CA de légèretés vis-à-vis de la liberté de la presse.

Il nous revient, en outre, que la ministre (fédérale) responsable fonctionnellement de la Loterie, Sophie Wilmès (MR), a également été heurtée par le comportement du CEO. Elle lui en a d’ailleurs fait part dans un courrier officiel. Plus grave, elle a consulté des avocats afin d’envisager les suites qui pourraient être données à une action du conseil d’administration de la Loterie contre son dirigeant. Que pourrait-elle faire ou que devrait-elle faire en tant que ministre si le CA intentait finalement une procédure contre Jannie Haek ? Selon quelles modalités ce dernier pourrait-il être licencié ? Avec quelles indemnités ? Etc.

La N-VA soutient Haek

Rappelons toutefois qu’il ne s’agit que d’une simple mesure de précaution de la part de Sophie Wilmès. La ministre ne voulait pas être prise de court. La tête de Jannie Haek ne devrait pas rouler, même si cette hypothèse revient régulièrement depuis la mise en place de la majorité "suédoise".

Paradoxalement, il semble que les administrateurs N-VA sont hostiles à une destitution de Jannie Haek, pourtant d’une autre couleur politique que la leur. Pour rappel, Jannie Haek, par ailleurs ancien patron de la SNCB Holding, a longtemps travaillé au plus haut niveau dans les cabinets ministériels SP.A et est réputé pour son côté très "politique".

Eviter un enlisement juridique

Pourquoi autant de précaution juridique du cabinet Wilmès ? Le fédéral veut éviter une répétition de l’épisode "Laurence Bovy" à la Société fédérale de participations et d’investissement (SFPI). L’ancienne cheffe de cabinet de Laurette Onkelinx en était la présidente et, après avoir été remerciée, elle avait intenté un recours devant le Conseil d’Etat. La juridiction lui avait donné raison dans un premier temps et son remplacement avait été retardé.