L'avocat Olivier Martins nie être "membre d’une organisation criminelle" malgré les écoutes

Une source proche du dossier évoque des écoutes téléphoniques confondantes.

Gilbert Dupont et Julien Balboni

Une source proche du dossier évoque des écoutes téléphoniques confondantes.

L’avocat Olivier Martins nie les soupçons de "complicité d’aide à évasion de détenu" et être un "membre d’une organisation criminelle", comme il lui est reproché. Selon nos informations, il avait déjà été interrogé en octobre, lors d’une confrontation sur l’évasion ratée du truand français Mohamed Benabdelhak en avril 2014, confrontation générale organisée dans son cabinet par le juge Michel Claise. Olivier Martins, qui avait apporté des explications, était sorti libre. Le juge Claise ne l’avait pas inculpé.

Quel élément neuf a poussé le magistrat mardi matin à faire interpeller l’avocat à son domicile ? Et les méthodes (menottes) employées, qui ont heurté les proches et traumatisé les enfants, étaient-elles nécessaires ?

Des rapprochements sont faits entre le double assassinat des frères Hilger, l’assassinat à Kampenhout du droguiste de Schaerbeek Johan Verhaeghe et l’attentat contre l’Institut National de Criminalistique et de Criminologie.

"J’ai lu ça comme vous. Je ne fais aucun commentaire, je ne confirme rien, je n’ai pas à démentir, je laisse la responsabilité aux journalistes", tranche le porte-parole du parquet. Comment réagira Me Martins quand il sortira de prison ? Que répondra-t-il à l’accusation également publiée par certains d’avoir recommandé les frères Hilger pour intégrer le commando qui devait libérer Benabdelhak de la prison de Saint-Gilles ?

L'avocat Olivier Martins nie être "membre d’une organisation criminelle" malgré les écoutes
©DR

(Mohamed Benabdelhak, dit le Bombé, caïd de la drogue)

Selon une source proche du dossier, les enquêteurs disposent de nombreuses écoutes téléphoniques. L’une d’entre elles évoque une remise d’enveloppes de cash effectuée par Me Martins à destination des frères Hilger. Le juge a des raisons de penser que le célèbre avocat aurait joué l’intermédiaire pour le recrutement et le paiement des deux frères dans la tentative d’évasion ratée de celui qu’on surnomme Le Bombé.

Le parquet rappelle qu’en raison de la procédure, la décision d’arrêter Olivier Martins a été prise en solitaire par le juge, sur base "d’indices de culpabilité" jugés par lui "sérieux". Le parquet n’est pas intervenu dans l’arrestation. La procédure ne le prévoit pas. Il n’y a pas eu de demande de sa part.

L’épouse de Me Martins - elle -même avocate - a été entendue ainsi qu’une collaboratrice, appréhendée ce mercredi matin dans le couloir de la cour d’assises par le juge Claise et deux policiers. Ce procès d’assises a dû être interrompu, pour donner le temps à Me Sven Mary, qui prend le relais de son confrère détenu à Saint-Gilles, d’au moins lire le dossier.

Me Bouchat, qui défend Me Martins, ne fait aucun commentaire. Hier encore, le parquet rappelait que ce qui doit motiver le maintien en détention, ce sont les risques de collusion de témoins et de disparition ou destruction de preuves.

Le juge Claise peut lever, d’initiative, le mandat d’arrêt. S’il ne le fait pas aujourd’hui, Me Olivier Martins comparaîtra vendredi devant la chambre du conseil de Bruxelles. Le parquet prendra position et, pour la première fois, fera savoir s’il demande ou non le maintien en détention.

Au palais, l’affaire Martins est de toutes les conversations.

À vrai dire, d’autres sources nous disent ceci. "Me Martins nie. Les éléments sont légers. Il n’y a pas grand-chose. Le dossier n’est pas lourd". S’ajoute la présomption d’innocence. Vers une libération rapide ? Ou doit-on commencer à envisager le pire ?

L'avocat Olivier Martins nie être "membre d’une organisation criminelle" malgré les écoutes
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(L'assassinat des frères Hilger alimente beaucoup de théories depuis des mois)



"Pas pour faire un exemple"

Trois questions à Me Pierre Sculier, bâtonnier de l’Ordre francophone du barreau de Bruxelles.

1. Comment réagissez-vous au placement sous mandat d’arrêt de Me Martins ?

" Je ne connais pas le dossier. J’ai été contacté par le juge d’instruction Claise pour mettre à sa disposition deux membres du conseil de l’ordre pour garantir le secret professionnel de l’avocat lors des perquisitions menées à son domicile, à son cabinet et sa banque. Les faits reprochés sont particulièrement graves : il s’agissait de faire évader un gros trafiquant de drogue. Le juge Claise n’a sûrement pas agi à la légère mais Me Martins bénéficie de la présomption d’innocence."

2. Fallait-il avoir recours à la détention ?

" Les faits remontent à trois ans. Me Martins ne présente aucun danger pour la sécurité publique, on peut s’interroger à ce sujet."

3. Pensez-vous comme plusieurs avocats bruxellois que la justice veuille faire un exemple ?

" Non. Si le juge a décerné un mandat d’arrêt, c’est qu’il estime avoir des raisons. Il doit y avoir des devoirs d’enquête en cours."