Pédophilie: mise en cause, l'Eglise catholique française dit sa "honte"

Pédophilie: mise en cause, l'Eglise catholique française dit sa "honte"
©IPM
AFP

Mise en cause par des enquêtes réalisées par des journalistes pour son silence coupable vis-à-vis de la pédophilie de certains de ses prêtres, l'Eglise catholique de France a dit mercredi sa "honte" mais aussi sa volonté de lutter contre ce "fléau". "J'éprouve un sentiment profond à la fois de honte, d'humilité et de détermination parce que je suis bien conscient que nous avons commis des erreurs, qu'il y a eu des silences coupables, qu'on a plus voulu défendre l'institution que faire la légitime place aux souffrances des victimes", a déclaré le porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Olivier Ribadeau Dumas, mercredi à l'AFP.

Une enquête diffusée mardi soir sur la chaîne de télévision publique France 2, un livre et des articles publiés par le site d'information Mediapart assurent que 25 évêques français - dont cinq en poste, les autres à la retraite ou morts - ont "couvert" 32 "agresseurs" encore en vie qui totalisent 339 victimes. Certaines affaires remontent aux années 60, mais la moitié des faits ont été établis après 2000.


Ces chiffres constituent "une agrégation de faits qui prend une dimension vertigineuse", a reconnu le porte-parole des évêques, tout en estimant que les journalistes n'avaient "pas révélé de faits nouveaux" dans leur émission "uniquement à charge".

Selon l'enquête, 18 prêtres condamnés pour des agressions sexuelles sur mineurs, dont des viols, en France "sont toujours en activité au sein de l'institution catholique" et un "système" d'exfiltration internationale a été mis en place pour étouffer les scandales, avec 95 mutations à l'étranger répertoriées, ainsi que 802 victimes.

Avec moins de 0,5% des prêtres accusés d'avoir fait subir des sévices sexuels à des mineurs, la France semble moins touchée que les Etats-Unis, où les accusations de pédophilie ont visé 4% des prêtres entre 1950 et 2002, et l'Australie où ces soupçons en ont concerné 7% entre 1950 et 2010.

La compilation de ces données éclabousse cependant l'image d'une institution qui se débat depuis des mois face aux accusations de déni ou de légèreté dans le traitement des affaires de pédophilie.