Première journée nationale des victimes d’abus de clercs: Certaines restent muettes

20120407 - BRUGGE, BELGIUM: Linda Opdebeeck (Werkgroep Mensenrechten in de Kerk) with parent of victim, Carine Hutsebaut and Jozef De Kesel pictured during the inauguration of a statue to remember victims of abuse in the church, Saturday 07 April 2012 at the San Salvator cathedral in Brugge. BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK
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Christian Laporte

L’Eglise de Belgique a répondu favorablement à la demande du groupe de travail piloté par l’abbé Rik Devillé.

L’initiative émane de victimes d’abus sexuels et du groupe de travail "Mensenrechten in de Kerk" (Droits de l’homme dans l’Eglise) autour de l’ancien curé de Buizingen, Rik Devillé. Mais elle est pleinement soutenue par le cardinal Jozef De Kesel et par l’ensemble des évêques et des supérieurs majeurs d’ordres religieux présents en Belgique.

Ce samedi 8 avril dès 11h, à la basilique de Koekelberg, aura lieu la cérémonie d’installation de l’œuvre "Esse est Percipi" ("Exister, c’est être reconnu"), une très symbolique sculpture d’Ingrid Rosschaert, à la mémoire de toutes les victimes d’abus sexuel commis au sein de l’Eglise. Des victimes témoigneront alors que le cardinal De Kesel ainsi que les deux évêques de référence, Mgr Bonny (Anvers) et Mgr Harpigny (Tournai) et d’autres responsables prendront la parole.

Des contacts directs loin des caméras

La partie publique de la cérémonie s’achèvera à 13 heures. Les victimes et leurs proches pourront ensuite rencontrer en toute discrétion les évêques, les supérieurs majeurs ainsi que les équipes des points de contact.

C’est la première fois qu’une journée des victimes est organisée au niveau national. A l’initiative de l’abbé Devillé et ses amis, il y en avait eu une au diocèse de Bruges, le Samedi saint en 2012, et une pour le diocèse d’Anvers, la veille de Pâques en 2013. "Tout gravite d’abord autour de l’œuvre d’Ingrid Rosschaert, explique Rik Devillé. Il s’agit d’un vêtement blanc qui symbolise à la fois la robe de baptême et un linceul. L’enfant qui était né dans la joie a pu connaître l’effroi d’une mort de sa personnalité. Mais à l’instar du Christ, la joie de la Résurrection succède à la souffrance. Et donc la victime se mue en survivant et enfin en vainqueur." Il y avait eu des rencontres autour de l’œuvre de Rosschaert à Bruges et à Anvers avec la collaboration active des évêques locaux d’alors, Jozef De Kesel et Johan Bonny.

L’Eglise coopère mais des victimes restent muettes

Rik Devillé se réjouit de pouvoir porter cette fois l’hommage à l’échelon de toute l’Eglise de Belgique. "Mensenrechten in de Kerk" voulait installer une nouvelle version de "Esse est Percipi" à la cathédrale de Bruxelles ou dans celle de Malines mais est évidemment heureux que ce soit finalement à Koekelberg.

"C’est vrai que nous avons été très critiques au début de ce délicat dossier à l’encontre de la hiérarchie qui ne semblait pas prendre toute la mesure de la gravité des faits. Mais nous nous réjouissons évidemment de la coopération totale de l’institution, bien décidée à ce que l’on ne revive plus les horreurs du passé." Pour l’ancien curé de Buizingen, il y a cependant encore un bémol : "Selon nous, une bonne moitié des personnes abusées n’a jamais pu ou voulu exprimer sa souffrance alors qu’aujourd’hui, elles peuvent s’avancer en toute confiance vers l’Eglise." 

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