Les habitants des rues que le cortège de Trump va emprunter sont "screenés"

Les habitants des rues que le cortège de Trump va emprunter sont "screenés"
©BAUWERAERTS DIDIER
Jean-Claude Matgen

Il s’agit d’une exigence américaine et ce n’est pas une première. Mais l’annonce choque.

Invité, lundi, par la Première (RTBF), Olivier Maingain, président du Défi et bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert s’est, sans surprise, plaint du fait que le fédéral se repose largement sur les communes (bruxelloises) pour assurer la sécurité des sommets qui se tiennent sur le territoire de la capitale.

Ce n’est, en effet, pas la première fois que M. Maingain regrette que les zones de police locale de Bruxelles et d’ailleurs en Belgique soient obligées de pallier, en quelque sorte, le défaut d’effectifs de la police fédérale quand il s’agit d’encadrer les grandes réunions internationales qui ont régulièrement lieu à Bruxelles.

Mais c’est une autre déclaration du député amarante qui a semé l’émoi. Olivier Maingain s’est étonné du modus operandi des services de sécurité américains, qui ont demandé aux policiers belges de "screener" tous les habitants des habitations riveraines des voiries par lesquelles le cortège officiel du président Donald Trump va passer.

Les zones de police concernées ont dû, a expliqué le président de Défi, remettre aux services américains la liste de tous ces habitants. Les bourgmestres n’auraient pas été avertis de cette initiative, précise, passablement fâché, M. Maingain

Pas une première

Renseignements pris, il semble que ce ne soit pas la première fois qu’une telle demande soit adressée par les Américains aux forces de l’ordre belges. Il paraît aussi, mais les langues ne se délient pas facilement, que ce sont bel et bien tous les riverains des voies empruntées par le cortège de M. Trump et consorts qui ont fait l’objet d’un signalement et pas seulement ceux qui présenteraient un profil particulier.

Sur quelle base légale une telle exigence et une telle recension reposent-elles ? Beaucoup d’observateurs se posent la question.

Et le respect de la vie privée ?

Pour cet avocat bruxellois, le principe du respect de la vie privée est mis à mal par une démarche de cette nature. Mais il est peu probable, selon lui, que l’on aille loin dans la dénonciation d’une pratique relevant d’une certaine façon de la real politique.

Le danger, ajoute un autre juriste, c’est que les autorités américaines, friandes de banques de données de toutes sortes et très occupées à espionner jusqu’aux pays amis, ne se contentent pas de vérifier s’il pourrait y avoir un dangereux terroriste ou un ennemi de la bannière étoilée qui habite dans un des quartiers que Donald Trump et son escorte vont sillonner mercredi et jeudi mais conservent ces données à d’autres fins.

"Il y aura sûrement des questions parlementaires qui seront posées sur ce type de pratiques", confiait, lundi soir, Olivier Maingain, depuis la salle du Parlement où se réunissait la commission Kazakhgate.

Climat pesant

Pour Me Pierre Chomé, tout cela participe d’un climat général de suspicion et de surveillance alimenté par les attentats du 22 mars. "A titre d’exemple, commente l’avocat pénaliste bruxellois, je défends une dizaine de clients d’origine maghrébine qui ont le malheur de perdre leur portefeuille et leurs papiers et que l’on soupçonne de l’avoir fait intentionnellement. Ils éprouvent des difficultés à rentrer dans leur pays d’origine en raison de l’obstruction des parquets ou du parquet fédéral qui, de plus, se renvoient la balle quand on essaie de s’informer auprès d’eux de leur situation."

Tout cela nous éloigne quelque peu des exigences américaines.

"Pas tellement, répond Me Chomé, car mon exemple illustre une ligne conductrice générale, qui consiste à faire régner la sécurité au mépris de certains principes de droit et des libertés individuelles des citoyens."