Suicide d'un ado de 15 ans: les photos intimes sur Snapchat peuvent être mortelles

Annick Hovine
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©REPORTERS

Lundi soir, un ado de 15 ans a découvert des images de lui, nu, publiées sur le réseau social. Il s’est jeté sous un train à Ninove.

Un adolescent de 15 ans est mort lundi soir à Ninove, écrasé par un train, indiquait mardi le parquet de Flandre orientale. Selon le site internet du quotidien "Het Laatste Nieuws", l’adolescent se serait suicidé après avoir découvert, vers 21h50, qu’une photo de lui, nu, avait été diffusée via un groupe sur Snapchat. Il s’est jeté sous un train. Les secours sont rapidement arrivés sur place mais il était trop tard pour le malheureux. La police locale et le parquet ne confirment que le décès. "Il s’agit probablement d’un suicide mais l’enquête se poursuit. Le motif est lui aussi encore à déterminer", a précisé un porte-parole du parquet.

On ne sait pas (encore) qui se cache derrière le groupe créé sur Snapchat, une application (gratuite) de partage de photos et de vidéos disponible sur iOS et Android. L’âge requis pour télécharger est fixée à 13 ans – mais qui vérifie ? Après l’annonce de la mort du garçon, le groupe a disparu. Mais un nouveau groupe a été créé peu après et d’autres adolescents y ont appris qu’ils pourraient être "le prochain"…

Le scénario fait peur. Il n’étonne pas Christophe Butstraen, auteur de "Internet, mes parents, mes profs et moi"*. un ouvrage très pratique qui guide les élèves, les parents et les enseignants dans le dédale parfois mal compris des nouvelles technologies. "Cela arrive de plus en plus souvent. On a donné à nos enfants des moyens de communication fabuleux mais on ne leur a pas expliqué les codes", dit-il. "Des jeunes qui retrouvent des images intimes d’eux sur les réseaux sociaux, cela arrive de plus en plus souvent", témoigne-t-il. "Quand une gamine doit changer d’école parce que des photos d’elle ont circulé sur le net, ça se sait. Les photos arrivent avant elle dans sa nouvelle école...".

"Revenge porn"

Soit ce sont des photos volées, prises dans un vestiaire ou une douche; soit ce sont les intéressés eux-mêmes qui se filment pendant leurs ébats. "Ils publient ce genre de photos, tournées pour se marrer et faire le buzz, mais ils ne se rendent pas compte des conséquences", ajoute Christophe Butstraen. Si la relation se termine, par exemple, ces photos intimes peuvent devenir "un épouvantable outil de chantage et de harcèlement". Qui porte un nom : le "revenge porn".

Une fois que des photos intimes sont mises en ligne, elles deviennent publiques et c’est trop tard. Particularité sur Snapchat : chaque photo ou vidéo n’est visible par son destinataire que pendant une à dix secondes. Sauf que, depuis très récemment, elle ne disparaît plus que quand celui qui la reçoit sur son smartphone le décide. On peut aussi faire une capture d’écran.

"Le problème de Snapchat, c’est le côté soi-disant éphémère qui n’est pas forcément une réalité", commente Olivier Bogaert, commissaire à la Computer Crime Unit."Les photos ne vont pas seulement passer d’un téléphone à l’autre : elles vont aussi transiter par de multiples serveurs et peut-être être stockées". Avant que quelqu’un les fasse éventuellement réapparaître, avec de mauvaises intentions. "Le problème, c’est la non-perception par les jeunes de ce danger".


*"Internet, mes parents, mes profs et moi - Apprendre à surfer responsable", De Boeck, 2012.