Les attentats ont fait grimper le prix de la Kalachnikov

J. La.
IRAQ, SEPTEMBER 2010: An armed Kurdish man escorting a foreign journalist in Northern Iraq on 06 September 2010. Most families in the semi-autonomous Kurdistan region have access to a firearm. Though gun shops are illegal, weapons and accessories are freely available on a thriving black market. Cheap Turkish-made pistols can be bought for US$300, while a second-hand Kalashnikov rifle will typically cost around $200. Photographer: Eddie Gerald (Bildtechnik: sRGB, 50.76 MByte vorhanden) ***KEIN VERKAUF IN ISRAEL*** ***NO ISRAEL SALES*** Laif / Reporters *** Local Caption *** 02164271
IRAQ, SEPTEMBER 2010: An armed Kurdish man escorting a foreign journalist in Northern Iraq on 06 September 2010. Most families in the semi-autonomous Kurdistan region have access to a firearm. Though gun shops are illegal, weapons and accessories are freely available on a thriving black market. Cheap Turkish-made pistols can be bought for US$300, while a second-hand Kalashnikov rifle will typically cost around $200. Photographer: Eddie Gerald (Bildtechnik: sRGB, 50.76 MByte vorhanden) ***KEIN VERKAUF IN ISRAEL*** ***NO ISRAEL SALES*** Laif / Reporters *** Local Caption *** 02164271 ©Laif / REPORTERS

Elle vient surtout de l’ex-Yougoslavie et reste l’apanage de la grande criminalité, montre une étude flamande.

Dans "Lord of War" (Le Seigneur de la guerre), ce film sur le trafic d’armes sorti sur les écrans en 2005 inspiré de faits réels, le marchand d’armes Yuri Orlov, joué par Nicholas Cage, avance les qualités du fusil d’assaut Kalachnikov, l’AK-47, dont les premiers modèles (en Union soviétique) datent de 1947. "C’est le fusil d’assaut le plus populaire. C’est une arme que tous les combattants aiment. Elle ne se brise pas, ne s’enraye pas et ne surchauffe pas. Qu’elle soit couverte de boue ou de sable, elle tire. Elle est si simple d’utilisation qu’un enfant pourrait l’utiliser. Et ils s’en servent."

Chez nous, cette arme et ses variantes produites dans les pays de l’ex-Pacte de Varsovie ou en ex-Yougoslavie, était prisée des braqueurs de fourgon. Elle est devenue l’arme de prédilection des djihadistes qui ont frappé en Belgique ou en France.

C’est avec une arme de ce type que Mehdi Nemmouche a tué quatre personnes au musée juif de Bruxelles, le 24 mai 2014. Les deux djihadistes tués à Verviers le 15 janvier 2015 ont utilisé des "Kalach". Tout comme Ayoub El Khazzani, désarmé alors qu’il s’apprêtait à faire un carnage dans le Thalys Bruxelles-Paris le 21 août 2015. L’homme tué le 15 mars 2016 lors de l’assaut de Forest, tout comme Salah Abdeslam qui s’échappera, en détenait. Les auteurs des attentats de Maelbeek et Zaventem renonceront à s’en servir le 22 mars car ils n’avaient pas assez de chargeurs.

Rien de surprenant à ce que la lutte contre ce trafic soit devenue un enjeu politique. Comme en témoigne le fait que l’utilisation des Méthodes particulières de recherche (MPR) dans les enquêtes sur le trafic d’armes est désormais autorisée.

Des prix à la hausse surtout à Bruxelles

Mais combien coûtent ces fusils d’assaut ? Deux chercheurs du Vlaams Vredeinstituut (Institut flamand de la paix, organe d’avis du parlement flamand qui a aussi des missions de recherche) ont enquêté. Nils Duquet et Kevin Goris ont publié une étude sur le marché illégal des armes en Belgique intitulée "De Belgische illegale vuurwapenmarkt in beeld".

Les armes les moins chères sur le marché noir sont les pistolets d’alarme reconvertis. Ils se vendent au maximum 400 euros. Les armes de poing s’échangent entre 500 et 1 000 euros. Les très prisés pistolets Glock se négocient de 1 000 à 2 000 euros. Les fusils d’assaut, de type Kalachnikov, coûtent entre 2 000 et 2 500 euros. Ces chiffres, précisent-ils, doivent être pris avec précaution. Il s’agit d’estimations basées sur une poignée de cas.

"Il est intéressant de noter que la PJF de Bruxelles a constaté une baisse dans le trafic illégal d’armes à Bruxelles depuis les attentats terroristes en France et en Belgique", soulignent les deux chercheurs. Pour leur étude, ils ont rencontré des policiers de la PJF Bruxelles, de DJSOC et de la police locale ainsi que des membres de l’Ocam et du parquet fédéral.

La PJF Bruxelles attribue cette baisse à son travail. Les trafiquants seraient de plus en plus conscients des risques d’être pris et des peines plus lourdes quand ils sont en contact avec des réseaux terroristes.

"Cela a une influence sur la disponibilité et les prix des fusils d’assaut à Bruxelles : les armes de type Kalachnikov se vendraient de 2 000 à 3 000 euros (contre 1 200 euros il y a quelques années), tandis que le pistolet Glock vaut environ 3 000 euros (contre 1 000 euros il y a quelques années)", notent les chercheurs.

Les contacts sont indispensables

L’argent ne suffit pas pour acquérir ces fusils d’assaut militaires, généralement détournés des arsenaux de l’ex-Yougoslavie à partir des années 1990 et amenés ici par petites quantités, dissimulés dans des voitures, bus ou camionnettes. "Bien que les chiffres manquent, la police est persuadée que ces armes ne sont en général accessibles qu’à la grande criminalité", notent les auteurs. Soit des hommes qui correspondent au profil de frères El Bakraoui, qui se sont fait exploser à Maelbeek et Zaventem.