Un Belge sur cinq se sent perdu sur internet

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© JC Guillaume
Annick Hovine

Vendredi 8 septembre, c’est la Journée internationale de l’alphabétisation. Chaque année, le mouvement d’éducation permanente Lire et Ecrire réalise une campagne de sensibilisation pour attirer l’attention sur la persistance de l’analphabétisme, qui touche au tour de 10 % des adultes francophones. En clair, cela veut dire qu’à Bruxelles et en Wallonie, une personne sur dix est incapable de lire et d’écrire un texte simple en rapport avec la vie quotidienne. Le plus souvent, cette personne a été à l’école, mais sans pour autant y avoir acquis les savoirs de base.

Le droit à l’alphabétisation est au centre de la campagne 2017 de Lire et Ecrire avec un slogan  : “Apprendre à lire et écrire à l’âge adulte, ça prend du temps et c’est possible”. Un thème choisi parce que le mouvement d’éducation permanente se dit inquiet. Aujourd’hui, le secteur de l’alphabétisation est sommé “faire vite”, dénonce l’association. “Cette politique de rentabilité qui nous est imposée par les pouvoirs publics engendre un climat d’insécurité et d’angoisse parmi les personnes désireuses de s’engager dans un processus de formation. C’est une évidence, l’apprentissage des langages fondamentaux (lire, écrire, parler, calculer) n’est ni simple, ni rapide, qu’on soit un enfant ou un adulte”. Que dire alors quand on doit apprendre sous la contrainte et dans l’urgence  ? “Pourtant, de plus en plus, pour une partie de notre public, l’entrée dans un processus d’apprentissage conditionne désormais le maintien de certains droits (chômage, RIS, etc.) ou l’acquisition de nouveaux (nationalité, etc.)”.

Perdus et désemparés

Cette frange importante de la population est aussi menacée par la fracture numérique  : difficile de surfer sur la toile quand on a déjà du mal à utiliser la langue. Au cours de l’été 2016, le Gezinsbond (pendant flamand de la Ligue des familles) a sondé la maîtrise numérique de la population. D’après cette enquête, si presque tout le monde peut avoir accès à Internet, une grande partie de la population n’a pas toutes les connaissances requises pour surfer, envoyer des e-mails, payer des factures en ligne ou introduire des demandes pour des documents officiels.

Une personne sur cinq reconnaît être désorientée et stressée par la société qui se numérise rapidement. Pour près d’un Belge sur cinq, la numérisation croissante est source de stress. Pas moins de 22 % des répondants déclarent ainsi se sentir perdus et désemparés parce que de trop nombreuses choses passent aujourd’hui par Internet. Parallèlement, un tiers des Belges, essentiellement les jeunes, reconnaissent être préoccupés par le temps passé devant leurs écrans, essentiellement à cause des réseaux sociaux.

À la veille de la Journée de l’alphabétisation, la Ligue des Familles réclame aux pouvoirs publics de renforcer les actions pour s’attaquer au risque croissant d’illettrisme numérique.

Quelques chiffres

10  %

Adultes analphabètes en Wallonie et à Bruxelles

En l’absence d’enquête spécifique, Lire et Écrire estime que 10 % de la population adulte en Fédération Wallonie-Bruxelles est illettrée.


60  %

Citoyens demandeurs
de formations informatiques

Pour rester dans le coup de la société numérique, une grande proportion de citoyens disent avoir besoin de formations.

53  %

Aucune demande administrative en ligne.

Une majorité de répondants déclarent ne jamais demander de subventions, de primes ou de subsides de manière électronique.

La fracture numérique touche durement les personnes qui ont déjà des difficultés à maîtriser l’écrit.

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