Le parquet veut-il museler les journalistes ?

Le parquet veut-il museler les journalistes ?
©Jean-Luc Flémal

Une circulaire des Procureurs généraux en donne l'impression. L'AJP réagit.

L’Association des journalistes professionnels (AJP) réagit négativement à la nouvelle circulaire des Procureurs généraux organisant la communication du ministère public vers les médias.

Selon elle, cette circulaire contient plusieurs dispositions particulièrement inquiétantes pour les journalistes et leur liberté d’informer.

L’AJP, qui regrette de n’avoir pas été associée à la réflexion, rappelle que cette circulaire en remplace une autre, édictée en 1999. Il était logique, reconnaît l’ AJP, qu’après 20 années qui ont vu le monde évoluer, les réseaux sociaux se développer, l’information se répandre de plus en plus vire, de nouveaux formats journalistique apparaître, les procureurs généraux mettent à jour les dispositifs de communication des polices et des parquets et précisent leur organisation interne en la matière.

Mais plusieurs dispositions sont préoccupantes pour les journalistes (surtout du monde audiovisuel) et le travail journalistique. “La concentration de la communication entre les mains de magistrats de presse, censés être les uniques points de contact des journalistes n’est pas une bonne nouvelle pour l’accès à l’information des journalistes”, relève l’AJP. Mais ce n’est pas là le point le plus sensible car cette forme de concentration est, déjà, devenue réalité.

Censure préalable et violation de la Constitution

On atteint un autre niveau de contrainte, dit l’AJP, quand on voit que la circulaire prévoit que les journalistes de presse écrite ou audiovisuelle seront amenés à signer une convention, rédigée par le parquet, qui contiendra obligatoirement une clause permettant de censurer inconditionnellement le contenu du reportage.

Le résultat sera qu’un magistrat presse pourra faire effacer ou interdire de diffusion, des textes, paroles ou images, sans avoir à en justifier la raison ou le fondement auprès de son interlocuteur.

Pour Martine Simonis, secrétaite générale de l’AJP, “on croit rêver”. Voir des magistrats établir une censure préalable du travail journalistique constitue une violation de l’article 25 de la Constitution et des normes internationales, considère l’AJP.

L’AJP va écrire au Collège des PG

Instaurer un visionnage préalable d’un reportage et stipuler qu’en cas de “désaccord sur un éventuel traitement des images ou du texte, la décision finale revient au magistrat presse”, c’est empêcher les journalistes de faire librement leur travail, estime en substance l’association.

La circulaire permet aussi au magistrat presse d’exclure des destinataires de ses informations “un journaliste qui n’aurait pas respecté un engagement pris auprès du magistrat” et de dénoncer la pratique de ce journaliste à l’Association générale des journalistes professionnels de Belgique pour...qu’elle transmette l’information au Conseil de déontologie.

L’AJP n’a découvert cette circulaire qu’après son entrée en vigueur, le 17 janvier. Elle va sans tarder écrire au Collège des procureurs généraux pour lui faire connaître son courroux.