Quel regard portez-vous sur l'action de Christian Dupont, et du gouvernement libéral-socialiste en général, en matière de lutte contre la pauvreté ?

Il est évident que le ministre est discret, hyper-discret même : c'est sa personnalité. Mais les associations de terrain l'apprécient parce qu'il est à l'écoute, présent et attentif. Il s'est rendu dans toutes les provinces. On a l'impression qu'il a un peu naïvement découvert la grande misère. Cela m'a un peu étonnée : un ministre n'est pas là pour dire : "Mon Dieu, que la situation est terrible !", mais pour agir... Il doit être là pour taper sur la table.

Mais n'a-t-il pas agi ? Il y a tout de même eu des avancées.

Oui, il a assuré le débat et le suivi du deuxième rapport sur la pauvreté et il a fait fonctionner la logique selon laquelle les pauvres sont partenaires. Mais à relire toutes les mesures qui ont été prises sous cette législature, je ne peux pas dire que lui et les autres aient été les champions de la lutte contre la pauvreté. Je trouve que cela n'a pas été une priorité politique majeure. Il y a effectivement eu des avancées, mais on n'a pas résolu quelques points essentiels. Exemple : augmenter le revenu d'intégration, c'est bien, mais il faut aussi augmenter l'aide aux CPAS pour le paiement de ce minimex. Je reconnais qu'il y a eu une adaptation du montant des allocations sociales, mais la liaison structurelle de celles-ci à l'évolution du bien-être n'est pas acquise. Idem pour l'individualisation des droits sociaux, dont l'inexistence est un véritable piège pour la pauvreté : il n'y a pas eu un premier pas de réflexion et d'action. Un ministre socialiste aurait dû donner un tel signal. Il faut dire que Christian Dupont n'a pas été beaucoup aidé par les "grands" du gouvernement. Lui n'a pas une grande marge de manoeuvre dans cette matière, qui est transversale. Dans son programme pour le 10 juin, le PS prône la création d'un poste de ministre de la coordination de la lutte contre la pauvreté. Mais il l'avait, ce ministre ! C'est un aveu de faiblesse des socialistes qui auraient dû en faire plus.

En matière d'accueil des demandeurs d'asile, la situation s'est-elle améliorée ?

Le ministre Dupont a dû gérer des matières difficiles avec son collègue de l'Intérieur : ce n'était pas de la tarte ! Il y a maintenant deux centres spécifiques pour les mineurs non accompagnés, qui ne sont plus enfermés. Ça, c'est bien. (An.H.)

© La Libre Belgique 2007