Gerlinda Swillen, vous êtes ce qu'on appelle un enfant de la Wehrmacht ?

Il y a un an, j'avais presque 65 ans, ma mère a enfin dit quel était le nom de famille de mon géniteur : Karl Weigert. Je l'avais provoquée. Depuis lors, elle m'a raconté des anecdotes, notamment qu'elle avait correspondu avec lui après la guerre. Il savait que j'étais née. Mais elle a détruit les lettres quand elle s'est mariée avec l'homme qui m'a reconnue et dont je porte le nom.

Vous saviez, enfant, que vous étiez la fille d'un soldat allemand ?

Je l'ai toujours su. J'ai été confiée à mes grands parents quand j'avais trois ou quatre ans. On m'a enlevé le nom. Cela laisse des traces. Je le sentais. Il y a des portes qui se referment. Il y a des chuchotements quand vous passez. Il y a des gens qui se taisent tout à coup. Ce sont des choses que les enfants remarquent. Nous sommes bien plus intelligents que l'on ne pense... Le poids s'est vraiment levé quand un journaliste m'a interviewé. J'ai eu le sentiment de pouvoir enfin me libérer de mon passé. Le deuxième moment fut quand la Deutsche Dienstelle m'a téléphoné de Berlin, le jour de mon anniversaire, cette année, pour me dire qu'on avait retrouvé la trace de mon père. J'ai appris que mon père est décédé à Munich en 1958. Il s'est marié deux fois, et je ne sais pas encore s'il a eu des enfants. Il est né en 1903. Il est resté sous-officier toute la guerre, ce qui m'a libéré d'une certaine angoisse, car je n'aurais pas voulu qu'il soit un véritable nazi. Il a été démobilisé en janvier 1945, sans doute pour des problèmes de santé.

Avez-vous eu, au cours de votre vie, un sentiment de culpabilité ?

Surtout un sentiment d'être abandonnée. Une véritable solitude. Il n'est pas normal qu'un enfant porte le poids des relations de ses parents et de l'histoire. L'étude que j'ai entreprise, c'est pour tous les enfants qui sont dans le même cas. (Ch. Ly.)