Jo Libeer, patron des patrons flamands, relativise la perte de pouvoir d’achat et craint l’impact de la manif sur l’image du pays.  Entretien  de Laurent Lambrecht.

Jo Libeer est le patron du Voka, l’organisation patronale flamande. Face aux mouvements sociaux qui débutent ce jeudi, il s’inquiète pour l’image de la Belgique à l’étranger. Selon lui, l’effort demandé aux citoyens représente moins d’une bière par jour. Il plaide donc pour la relance de la concertation sociale.

Avec le PS dans l’opposition, craignez-vous que les mouvements sociaux soient plus virulents ?

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une grève politique. A chaque fois qu’un gouvernement a entamé un programme de réformes, il y a eu une réaction syndicale. En 1993, avec le plan global, en 2005 avec le pacte des générations, en 2011 avec Elio Di Rupo comme Premier ministre. La nouveauté, c’est que tous les niveaux de pouvoir sont concernés par les coupes budgétaires : la Flandre, la Wallonie et le fédéral.

Quel est l’état d’esprit en Flandre ? Le mouvement sera-il fortement suivi ?

Je ne sais pas, on va voir. Je ne m’inscris pas dans ce discours communautaire. S’il y a une forte disparité entre les Communautés, on sera dans de beaux draps. Je ne vais pas jouer les Cassandre ni l’annonceur de bonnes nouvelles. Mais alors que le communautaire a été remis au frigo, retomber dans ce registre ne serait pas une bonne nouvelle.

Comprenez-vous le mécontentement social ? Le gouvernement s’occupe quasiment exclusivement des demandes patronales.

Je ne comprends pas cette réaction des syndicats. Pendant 25 ans, le PS a été au pouvoir mais le patronat n’a pas rompu la concertation sociale. Pourtant, des mesures très dures pour les entrepreneurs ont été prises comme le bonus de liquidation. On ne doit pas laisser dépendre la concertation sociale de la composition du gouvernement

Craignez-vous que l’image de la Belgique soit écornée à l’étranger ?

Oui. J’ai d’ailleurs été contacté par des médias néerlandais qui étaient assez étonnés par la situation. Selon eux, il y a une disproportion entre ce qu’on demande aux citoyens belges et les efforts demandés aux Allemands il y a 12 ans, aux Suédois il y a 10 ans et aux Néerlandais il y a 5 ans. 350 euros d’économies par personne et par année, cela ne représente qu’1 euro par jour, même pas une bière. Bien sûr, pour les gens cela a un impact psychologique. Mais dans un pays où le taux d’imposition est si élevé, il était normal de se concentrer sur la réduction des dépenses.

Pensez-vous que la mobilisation sera massive ?

Je suis très mauvais pour les pronostics. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il faut que les syndicats comprennent qu’il est nécessaire d’augmenter les profits avant de les redistribuer. Auparavant, les accords interprofessionnels ont abouti grâce à l’argent du fédéral. Avec cette faible croissance, le gouvernement n’a plus les moyens de le faire.

Est-ce si grave, l’absence d’accord interprofessionnel ?

Non. Il y a toujours les accords sectoriels et internes aux entreprises. Mais il est important de nouer des discussions entre patrons et travailleurs. Aujourd’hui, les syndicats demandent qu’on accepte les points 1, 2, 3 et 4 avant de revenir à la table.