“Ce choix de vie qui induit un changement radical de priorités tient du pari”, écrivait Elisabeth Badinter dans son essai Le conflit. La mère et la fille (2010, Flammarion). Ce choix de vie, c’est celui de faire – ou non – des enfants. La Ligue des familles a récemment publié une enquête sur le sujet, en partenariat avec l’institut de sondage Dedicated. Des chiffres analysés par la Dernière Heure.

Soumis à 459 parents, le questionnaire livre des réponses particulièrement surprenantes, relève que le fait d’avoir un enfant relève de l’irrationnel, dévoile que “les raisons qui poussent à franchir le pas semblent nous échapper”, explique La Ligue alors que celles qui incitent le commun des mortels à ne pas en avoir semblent bien plus concrètes : l’état du monde dans lequel on vit, le précariat – à savoir, l’insuffisance de revenus au sein du ménage – et la pénurie de temps, de structure d’accueil, etc. constituent les trois facteurs principaux au refus d’avoir un enfant. Pour ce dernier point, seul un enfant sur trois aura la chance d’avoir une place en crèche ou chez une nounou et un sur cinq dans une crèche subventionnée, relève la Ligue des familles.

“Cette enquête nous renvoie une image dure de notre réalité : le contexte de crise économique, la trop faible indemnisation du congé parental, des allocations familiales trop basses et une organisation de la vie quotidienne compliquée…”, constate Delphine Chabbert, directrice des études de la Ligue des familles. “Les conditions matérielles prennent le dessus dans la vie des gens et freinent l’envie d’être parents. Rappelons que les trois ressources de base nécessaires à la parentalité sont l’argent, le temps et les services publics (crèche, école, garderie, etc.). Or, sur 26 réponses possibles, ce sont celles qui renvoient à l’argent le plus mises en avant dans le fait de ne pas vouloir d’enfant. Ce résultat nous a étonnés”, poursuit Delphine Chabbert. “Non pas qu’il soit une révélation, mais l’ampleur du problème exprimé ne peut laisser indifférent : ni les responsables politiques, encore moins le mouvement de soutien à la parentalité comme la Ligue des familles.”

À l’inverse, les raisons qui poussent les Belges à faire des enfants sont de nature particulièrement diverse. “Nous avons tout de même creusé davantage pour voir si d’autres raisons, plus ou moins raisonnables, voire peu avouables, se cachent derrière ce projet”, conclut la directrice des études de la Ligue des familles. “10 % des (futurs) parents motivent leur désir d’enfant par la pression familiale, 8 % par les allocations familiales, 8 % pour pouvoir quitter ses parents et 7 % pour assurer la reprise du commerce familial.” Heureusement, 7 sondés sur 10 affirment adorer les enfants !