REPORTAGE

Bourg-Léopold est une petite ville paisible du Limbourg. En ce vendredi après-midi, les gens profitent du soleil pour flâner devant les vitrines, faire un tour à vélo ou boire un verre sur une terrasse. Rien ne laisse penser que c'est précisément ici, dans une ville dont de nombreuses rues portent les noms des rois et des reines de Belgique, qu'un groupuscule de néonazis fomentait des attentats destinés à déstabiliser l'Etat belge.

C'est plus précisément dans le café «De Viking», situé en plein centre de Bourg-Léopold, que se réunissaient les membres de l'organisation «Bloed Bodem Eer Trouw» (BBET). Aujourd'hui, les portes du café sont fermées. Il faut dire que Tamara, la patronne du «Viking», a elle aussi été emmenée par la police pour être interrogée. Le «Shamrock», par contre, situé juste à côté, est ouvert, même si ses clients n'ont pas l'air beaucoup plus fréquentables que ceux du «Viking». Au bar, deux jeunes au crâne rasé commentent la Une du «Belang van Limburg», où l'on voit une photo du fondateur du BBET, posant fièrement une mitraillette à la main. «Cette photo ne prouve rien, dit l'un d'entre eux. Tous les militaires ont des photos comme ça dans leurs tiroirs. Quant aux fumigènes qu'on a trouvés, ils étaient destinés à être utilisés au football.» Un autre client interrompt sa partie de fléchettes pour préciser qu'il «y avait bien des gens qui se réunissaient régulièrement au "Viking"», mais il croyait que ce n'étaient que «des petits jeunes inoffensifs qui s'habillent de noir et qui aiment le hard rock».

Le patron du «Shamrock» pense que toute l'agitation autour de ces interpellations est exagérée. «Je les connais, tous les types qui ont été arrêtés, ce ne sont pas des mauvais bougres. Ils ont certes leurs idées politiques, mais je ne crois pas qu'ils seraient passés à l'acte, comme on l'affirme. Quant à cette arrière-salle où ils avaient soi-disant l'habitude de se réunir, je n'en avais jamais entendu parler avant. Mais si vous voulez en savoir plus, demandez à Thomas là-bas, c'est un membre de leur bande.» Et le patron de pointer un jeune, plutôt propre sur lui, en train de jouer à un jeu vidéo. Mais celui-ci refuse d'interrompre sa partie pour répondre à nos questions.

Dans les commerces de la ville, c'est l'incrédulité qui domine. «Je n'aurais jamais cru qu'il pouvait y avoir ce genre d'activités à Bourg-Léopold», dit une dame dans une parfumerie. «Tout ça n'est qu'un stunt publicitaire de certains politiques à la veille des élections», renchérit l'exploitante d'un magasin de matériel militaire. Les énormes couteaux qui trônent dans sa vitrine ont pourtant de quoi faire rêver tous les néonazis de ce monde.

Mais les militaires à Bourg-Léopold, c'est sacré. Les 4000 soldats de la caserne située aux confins de la ville y font vivre tous les commerces. Justement, en voilà un qui passe à vélo. «Je ne m'attendais absolument pas à ce genre de révélations, tout le monde à la caserne est un peu sous le choc», dit-il, en posant pied à terre. «Le rôle des militaires est de défendre la démocratie, pas de la mettre en danger. Une telle affaire écorne l'image de l'armée, c'est sûr, mais il ne faut pas généraliser: il n'y a pas plus d'extrême droite chez nous qu'ailleurs.»

Un peu plus loin, une dizaine de Turcs prennent le thé sur la terrasse du «Groene Maan», une association belgo-turque. Eux aussi dédramatisent. «Cela fait 35 ans que j'habite ici et je n'ai jamais eu de problèmes», dit l'un d'entre eux. «Lorsqu'on croise quelqu'un du Vlaams Belang, la meilleure chose à faire est de se taire», dit un autre.

A Bourg-Léopold, la révélation de l'existence du BBET n'a pas gâché cette belle journée de septembre.

© La Libre Belgique 2006