Les anciens quartiers industriels le long du canal de Bruxelles sont décidément une zone de prédilection pour les terroristes. Cette fois-ci, c’est le "bas" de Forest qui est au centre de toutes les attentions. C’est ici, dans une maison à appartements située 60 rue du Dries, qu’un homme retranché et armé d’une kalachnikov a été abattu par l’antiterrorisme. Un drapeau de l’Etat islamique et un livre de commentaires coraniques, d’inspiration salafiste, ont été retrouvés sur place. Deux ou trois hommes - les témoins diffèrent - ont échappé à la police.

Des policiers de la DR3 s’affairaient encore mercredi au premier étage pour recueillir des indices. L’accès à la porte principale était fermé par une barrière Nadar. Mais le quartier, à forte population d’origine étrangère, retrouvait son calme.

"Un Chinois habite au rez-de-chaussée", explique une voisine, Laurence. "Au premier étage, il y avait un couple d’Arabes avec un enfant."

La maison est moins soignée que les autres maisons de la rue. L’un des appartements avait été mis en location le 30 novembre sur le site 2èmemain, mais l’annonce a été supprimée depuis.

Comme à Laeken ou à Molenbeek, les suspects se sont fondus dans un quartier à forte densité maghrébine pour passer inaperçus. "Là il y a une maison de Belge", pointe Christian, 80 ans. L’ancien du quartier constate que chaque fois qu’une maison est libre, elle est prise par "un étranger".

Mais les habitants, toutes origines confondues, ne décolèrent pas de l’image désastreuse que cette poignée d’étrangers de passage finit par infliger à leur quartier. Car hormis une délinquance marquée notamment par des vols dans les voitures, le quartier est plutôt calme, tout proche de la place Saint-Denis.

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Le bourgmestre et ses "pommes pourries"

Le bourgmestre Marc-Jean Ghyssels a dormi trois heures la nuit dernière mais a tenu à remercier le patron du café Saint-Denis. Florian, d’origine albanaise, a hébergé pendant toute la nuit le QG des forces de sécurité.

Le bourgmestre a tenté toute la soirée d’expliquer aux médias que Forest n’était pas Molenbeek et qu’une poignée de gens ne représentait pas grand-chose face à 54 500 habitants. "Quand vous avez un cageot de pommes avec deux pommes pourries, vous ne jetez pas tout le cageot", explique l’élu socialiste devant un espresso bien serré. Entre 5 et 10 Forestois figurent sur la liste des "returnees" de Syrie. La commune a également accueilli à Forest-National le groupe Eagles of Death Metal qui jouait au Bataclan le 13 novembre dernier à Paris.

"Le problème", explique le bourgmestre, "est qu’on manque d’agents de quartier. Tous les bourgmestres bruxellois le disent : il faut revaloriser la fonction de proximité. En quinze ans, le nombre d’agents de quartier à Forest a été divisé par deux. Nous en avons quatorze."

L’îlot de la rue du Dries est à bien des égards symbolique des quartiers en mutation. Un immense projet immobilier, prévoyant notamment une séniorie, est en souffrance depuis cinq ans. L’ancienne imprimerie a été rasée, laissant la place à une dalle de béton où les jeunes viennent taper la balle. A côté s’alignent une trentaine de boxes de garage que les policiers ont fouillé un par un, sans rien trouver. Le nouveau projet immobilier changera radicalement les lieux.

Des barbus dans la cour

Au no 9 de la rue de l’Eau, les colocataires constatent les dégâts de l’intervention policière. La porte d’entrée a été explosée par un bélier. Tous les appartements ont été fouillés, avec délicatesse. Mais c’est au no 7 que les policiers vont découvrir une mère et sa fille terrorisée par l’apparition dans leur cour de jardin de "deux ou trois hommes barbus". Les fuyards se sont échappés du 60 rue du Dries en laissant leur comparse algérien, Mohamed Belkaid, blessé face aux forces d’intervention.

Dans la cour du jardin, ils ont abandonné une kalachnikov, et non loin de l’immeuble, deux chargeurs remplis ainsi que des vêtements. "Ils ont sans doute retourné leur veste et se sont fondus dans la rue", explique un enquêteur. Une piste de plus à suivre.

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 Les boxes de garage de l'intérieur de l'îlot.

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Les fuyards se sont échappés par ce toit et ont sauté dans la deuxième arrière-cour, terrorisant une mère et sa fille.

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La porte défoncée par la police au n°9 de la rue de l'eau.

 Crédit photos: Lamfalussy