Chacun a son histoire, zijn verhaal comme on dit dans l'école néerlandophone du quartier, avec des résultats très divers. Au point d'y perdre son latin.

Exemples à foison, d'ici ou d'ailleurs. Deux Belges francophones partent à Budapest. Leurs trois enfants avaient commencé leur vie sociale, dès la crèche, en flamand. Arrivés en Hongrie, ils s'inscrivent au lycée français et, deux ans plus tard, passent à l'école anglaise. Voilà trois bout'choux trilingues tandis que leur mère jongle, en outre, avec le hongrois. En attendant de s'initier à... l'espagnol. No comment, en anglais dans le texte. Sinon que la motivation des parents, et des enfants, joue un rôle considérable.

Plus près de chez nous, un père italien, une mère francophone inscrivent leurs enfants à l'école néerlandophone. Adeline, en cinquième primaire, surfe au-dessus des 80 pc mais elle est aidée par sa mère et ne maîtrise pas sa langue maternelle. Ses parents voudraient qu'elle fasse également ses humanités en néerlandais. Ils craignent toutefois un certain décrochage.À Rhode-Saint-Genèse, commune à facilités, deux parents néerlandophones retirent leur fils de l'école car il revient à la maison avec un accent `fransquillon´. Il est vrai que 80 pc des élèves de sa classe sont francophones. De plus, Gorik refuse de parler le français car il se sent coupable de pratiquer la langue proscrite à la cour de récré.

Les Flamands ne voient pas toujours d'un bon oeil l'arrivée, parfois massive, des francophones dans leurs écoles. Dans le fondamental flamand, en Région bruxelloise, plus de 58 pc des élèves sont francophones ou issus de familles mixtes. En outre, les premiers regrettent que l'apprentissage du néerlandais soit vécu comme une nécessité et non comme un besoin d'aller à la rencontre du voisin.

D'autre part, ils n'inscrivent plus leurs enfants dans les écoles francophones parce qu'ils considèrent que leur enseignement est de meilleure qualité, comme l'a confirmé l'enquête de l'OCDE publiée en 2000.

Psychosomatique

Focus sur une famille hybride où les trois garçons ont suivi un cursus différent. Laurent, 24 ans, et Patrice, 23 ans, sont nés d'un premier mariage. Veuve à 30 ans, leur mère épouse, en secondes noces, un néerlandophone avec lequel elle a un troisième fils : Yves, 16 ans.

Depuis la naissance de son premier enfant, la langue véhiculée à la maison est le français. Plus attirée par les crèches néerlandophones, elle y inscrit son aîné qui se replie sur lui-même, ne prononce pas un mot. Dès lors, elle l'inscrit en maternelles en français. Il fera tout son parcours dans cette langue-là.

Lorsque Patrice, son deuxième fils a trois ans, elle l'inscrit à l'école en français. Il recommence sa troisième maternelle en néerlandais et continue ensuite dans la même voie. Il ira à Sint-Jans, école bruxelloise de renommée, où il est un des seuls francophones à ne pas voir été renvoyé malgré une retenue pour avoir parlé français... dans le train du matin !

Aujourd'hui médecin, Patrice est parfait trilingue. Comme son frère aîné. Motivé par le bilinguisme, dans un premier temps, de son frère cadet, il a redoublé d'efforts pour parler lui aussi le néerlandais. Reste le petit dernier, Yves, de père néerlandophone, inscrit, en toute logique à l'école en flamand.

Pourtant, dès la deuxième primaire, apparaissent les problèmes psychologiques de l'enfant, qui semble somatiser. Son père souffre de sclérose en plaques et Yves associe la langue à la maladie de son père. Une psychologue conseille aux parents de le changer d'école et celui-ci se porte beaucoup mieux. Bien qu'il étudie en français, Yves, contre toute attente, parle couramment le flamand avec en prime, l'accent de la région.

Enfin, alors qu'Aurélie a dû quitter `Onze Lieve Vrouw´ en deuxième primaire car elle ne suivait pas, Simon, Nicolas et Céline - pour ne citer qu'eux - sont parfaits bilingues.Âgé de 9 ans, Simon a de bonnes aptitudes intellectuelles et passe aisément d'une culture à l'autre. Son père estime que le meilleur moyen de parler couramment deux langues est de les apprendre dès le plus jeune âge et il constate que, parmi ses collègues, les seuls à être parfaitement bilingues sont ceux qui ont suivi leurs études dans la deuxième langue.

Pour ce jeune couple, comme pour beaucoup d'autres, l'idéal serait de dispenser les cours dans les deux langues, français le matin et néerlandais l'après-midi, ou inversement, pour que tous les enfants du pays passent de Voltaire à Vondel, zonder probleem. À méditer.

© La Libre Belgique 2003