Vous pouvez vous garer sur le parking du personnel. Ne vous tracassez pas : la grille ne fonctionne pas, vous ne resterez pas enfermée…"

Le ton, mi-grinçant, mi-rieur, est donné par quelques agents pénitentiaires qui forment un curieux comité d’accueil devant la nouvelle prison de Marche-en-Famenne. Inauguré jeudi en grande pompe, l’établissement pénitentiaire de 312 places (pour 300 hommes et 12 femmes) hébergera ses premiers détenus le 4 novembre prochain. Une quarantaine de condamnés, en fin de peine et répertoriés comme "calmes" par l’administration, essuieront donc les plâtres de cette prison flambant neuve.

(In) sécurité ?

Tellement neuve qu’il serait, en l’état, dangereux de la faire déjà fonctionner, selon la CSC-services publics qui affirme même que cette prison, présentée comme l’une des plus modernes et plus sécurisées d’Europe, serait, à l’inverse, "un modèle d’insécurité". L’organisation syndicale aligne les griefs : le poste de commandement intégré ne serait pas complètement opérationnel; les détecteurs périmétriques seraient défaillants; les "speed gates" qui devraient permettre la fermeture ultrarapide des portes en cas d’alarme ne fonctionnent pas; les gardiens n’ont pas été formés pour maîtriser l’outil informatique…

L’administration pénitentiaire tempère et rassure : il reste deux semaines; tout sera prêt. La grogne syndicale n’entame pas davantage l’enthousiasme de la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom (Open VLD), devant la première réalisation concrète du Master Plan de construction de nouveaux établissements destiné à faire diminuer la surpopulation carcérale et, aussi, à améliorer les conditions de vie des détenus, particulièrement indignes dans les prisons belges (lire ci-contre).

Public-privé

La prison de Marche-en-Famenne, construite en deux ans à peine, est donc la première d’une série de centres de détention (on les appelle comme ça désormais) qui verront le jour dans les prochains mois à Beveren (300 places, fin janvier), à Leuze-en-Hainaut (312 places, fin avril), à Gand, (272 lits dans un nouveau Centre de psychiatrie légale, en mars). Avant la méga-prison de Haren et, peut-être aussi, celle de Sambreville.

En tant que maître d’ouvrage, la Régie des bâtiments a choisi une procédure de partenariat qui permet de faire appel à un partenaire privé pour la conception, la construction, le financement et l’entretien du bâtiment. L’Etat belge, propriétaire du site, n’a pour l’heure pas encore déboursé un euro pour cette nouvelle prison…

Il ne perd rien pour attendre : il paiera au consortium "Eiffage Benelux-Eiffage-DG Infra +" une redevance annuelle de mise à disposition pendant 25 ans. Dans un quart de siècle, la prison de Marche appartiendra à l’Etat belge.

Dans l’intervalle, ce dernier rembousera chaque année 12,2 millions d’euros à son partenaire privé. Soit la somme rondelette de 107 euros par détenu et par jour pendant 25 ans, pour les frais d’hôtellerie (repas et entretien compris). Auxquels il faudra ajouter les frais de gardiennage (les salaires des 220 agents de surveillance et des 45 agents administratifs), pris en charge par l’administration pénitentiaire (et donc le service public).

Coûteuse détention

Une facture salée, mais à remettre dans le contexte. Aujourd’hui, une journée de détention, dans les prisons passablement ou gravement délabrées, coûte déjà 130 euros (tout compris).

Quant à la location des cellules à la prison néerlandaise de Tilburg, où 650 détenus belges sont actuellement hébergés, l’Etat belge doit débourser chaque année 38 millions d’euros. Soit… 160 euros par détenu et par jour, sans compter les frais de transfert et le déplacement du personnel pénitentiaire.

Quant aux retombées économiques sur Marche, le bourgmestre André Bouchat (CDH) s’en réjouit haut et fort : la prison a permis de créer 300 emplois locaux. Appréciable pour une petite ville qui compte un taux de chômage de 12 %.