Belgique

Les centres spécialisés (dits de réadaptation fonctionnelle ou d'audiophonologie) organisant l'accompagnement multidisciplinaire des jeunes sourds se comptent quasi sur les doigts d'une main. Ils sont concentrés à Bruxelles, Liège et Ghlin. «Comprendre et parler» à Woluwe est le plus important: il suit 230 jeunes sourds et malentendants, dont une centaine sont intégrés dans l'enseignement ordinaire. «Les enfants arrivent chez nous à un âge variable (en moyenne 11 mois) : il n'y a pas de dépistage systématique de la surdité en Belgique francophone», explique la directrice, Brigitte Charlier. Le centre effectue des examens afin d'affiner le diagnostic (degré et origine de la surdité, éventuelle présence de handicap associé), propose un appareillage si nécessaire, et met en place un suivi multidisciplinaire (psychologue, logopède, assistant social, médecin,) dont la composition varie selon les besoins de l'enfant. «La psychologue qui coordonne le projet de l'enfant veille à garder un équilibre entre les composantes du suivi», insiste Mme Charlier. L'accompagnement vise aussi la famille. «L'entourage de l'enfant sourd, entendant dans 95 pc des cas, doit faire tout un cheminement pour comprendre la surdité. Bébé, déjà, un entendant s'habitue à des bruits familiers qu'il relie à des événements; c'est rassurant. Pour le sourd, le monde paraît plus incohérent.» Des cours de langue des signes et de français codé sont proposés aux parents. «Dès qu'il y a perte de 40 décibels, l'enfant doit passer par un centre pour bénéficier de remboursements par la mutuelle», précise la directrice. Le suivi, assuré pendant la scolarité de l'enfant, est subventionné par l'Inami (Institut national d'assurance maladie-invalidité), ce qui explique une certaine présence du médical, ajoute Brigitte Charlier. En cas de déficience sensorielle, en effet, c'est un médecin-conseil des mutuelles, et non un centre PMS, qui signe les rapports autorisant le suivi de l'enfant par le centre.

Le centre reçoit de l'Inami un forfait par jour et par enfant (4.600F dans ce cas-ci) pour financer le suivi des enfants, «cela, que l'on voie les enfants 1 heure ou 1 jour, ce qui rend les centres précaires, déplore au passage la directrice. Quand un patient n'est pas venu, nous ne sommes pas payés».

«ACQUÉRIR AU MOINS UNE LANGUE»

Le centre conseille les parents sur le plan de la scolarisation. Mais ils restent maîtres du choix. Près de la moitié des élèves suivis par «Comprendre et parler» sont intégrés dans l'ordinaire, les autres sont dans le spécialisé, ou en intégration partielle, un système mixte.

«L'interaction étroite avec le centre est essentielle, soutient Mme Charlier, notamment pour s'assurer que l'interprétation en classe est de qualité et de niveau adéquat.» La traduction par un interprète, en général en français codé, et durant un nombre d'heures/semaine variable selon les enfants, est aussi financée par l'Inami. «Notre objectif est que chaque enfant acquière au moins une langue, actuellement plutôt le français pour une question de moyens et de choix des parents», dit la directrice, ajoutant qu'il y a peu d'instituteurs formés à la langue des signes, «même si l'idéal serait qu'ils soient bilingues français-langue des signes». C'est aussi l'avis de Jean-Marie Capouillez, directeur de «L'école intégrée», une école spéciale de type 7 (déficience auditive) voisine du centre. Toute proche aussi, l'école ordinaire Singelijn accueille des enfants suivis par le centre. Une proximité qui facilite la vie.

«L'enfant doit aller là où il est le mieux. Certains alternent l'intégration et le spécial. Pourquoi pas, si cela correspond à leurs besoins et à leur souhait?», soutient le directeur. Selon lequel «tous les sourds devraient passer la 1re maternelle dans le spécial, pour cerner l'enfant, avant de faire un choix». Et de rappeler que la plupart des jeunes sourds (ceux qui n'ont pas de problèmes associés) ont accès aux diplômes classiques de l'enseignement.

Une fois sortis des études, les jeunes adultes sourds se trouvent plutôt démunis, regrette Brigitte Charlier. «Ils ont juste droit à 2 ans de logopédie. On devrait garantir un soutien, notamment pour la recherche d'un emploi.»

© La Libre Belgique 2001