C’est une évidence : la Belgique n’a pas à rougir en termes d’égalité de droits et de traitement des personnes lesbiennes, homosexuelles, bisexuelles et transgenres, qui ont, entre autres, l’accès juridique au mariage et à l’adoption. Mais entre ces droits sur papier et leur application concrète, il y a la réalité sociale, encore souvent dure à vivre. S’il y a un consensus très large en faveur de l’égalité des personnes, quelle que soit leur orientation sexuelle, les préjugés envers les LBGT persistent et leur expression est encore trop souvent banalisée. Les "pédé" , "espèce de tapette" , "t’es gouine ou quoi ?" valsent encore dans les cours de récré. Entre 50 et 70 % des homosexuels ont déjà vécu une agression verbale.

Des comportements homophobes se manifestent à différents niveaux : écoles, services de santé, emploi, logement, police, justice, sport, médias

Il y a les mots, il y a aussi les actes. Des coups, des bousculades, une "correction" Jusqu’au meurtre. Fin avril 2012, Ihsane Jarfi, un jeune Liégeois, a été tabassé à mort uniquement parce qu’il était homosexuel. C’est la première fois, en Belgique, qu’on enregistrait un crime commis pour un motif homophobe.

Le déclic

Ce meurtre a servi de déclic pour l’élaboration d’un plan d’action interfédéral de lutte contre l’homophobie et la transphobie, avec l’appui de l’Institut pour l’égalité des hommes et des femmes, le Centre pour l’égalité des chances et les associations gays.

Ce plan, qui vient d’être finalisé, décrit 6 priorités sur lesquelles la lutte s’organisera au niveau interfédéral en 2013-2014. Il s’agit d’abord de développer les connaissances sur le phénomène, les études existantes n’étant ni suffisantes ni harmonisées. Deuxième axe : améliorer la législation qui, actuellement, recouvre à peine les incidents qui concernent les personnes transsexuelles. Entre autres exemples.

Troisième priorité : la prévention, sous toutes ses formes. Faire de la sensibilisation au sein des écoles de police; améliorer l’expertise des médecins et du personnel de santé et des centres de planning familial en ce qui concerne la diversité des orientations sexuelles.

La prévention passe aussi par la sensibilisation (quatrième point) au sein de l’école, notamment dans les cours où on aborde l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle.

Quand le mal est fait, l’aide aux victimes (cinquième priorité) d’agressions homophobes doit être renforcée. Elles rencontrent encore trop d’incompréhension ou d’obstacles au moment où elles ont précisément besoin de soutien et d’information. Notamment pour déposer plainte.

Aujourd’hui, les statistiques relatives à ces délits restent très lacunaires, révélant peu d’informations sur l’ampleur du phénomène. D’où l’importance de mettre en œuvre la nouvelle circulaire police-justice, qui impose d’indiquer dans le dossier les motifs de discrimination. Dès qu’on disposera de données plus précises sur les faits homophobes et transphobes, on pourra, enfin, effectuer une analyse stratégique et mettre sur pied une politique de prévention efficace.