Belgique

C’est le jour J pour le Parti populaire/Personen Partij. Ce jeudi matin, Mischaël Modrikanem et Rudy Aernoudt, ses co-présidents, présenteront officiellement leur programme à Uccle.

Les hommes et les femmes qui l’identifieront, ce sera pour un peu plus tard. Le dernier nommé a visiblement retenu les leçons de l’échec de Lidé, l’hiver dernier. Notamment sur la sélection des militants dont certains nageaient dans des eaux pour le moins troubles Du reste pour le PP, toutes les demandes d’adhésion sont considérées avec la plus grande attention et ceux qui seraient un peu "borderline" seront scréenés et, le cas échéant, éliminés, annonce son co-président !

Priorité donc aux idées ! Et sur ce terrain, Rudy Aernoudt entend bousculer au moins autant les habitudes que la tempête de ces derniers jours qui a déraciné quelques solides arbres ci et là : "Nous allons dire tout haut ce que nombre d’hommes politiques nous confient ‘off the record’, à savoir qu’il faut en revenir à une vraie solidarité nationale. Arrêtons les guéguerres stériles entre ce que l’on appelle les Flamands et les Wallons. Un Wallon sur quatre est d’origine flamande et en Flandre il y a entre 350 000 et 400 000 francophones. Le mal est venu de la communautarisation; il faut donc supprimer les communautés et consacrer trois régions qui assumeront toutes les matières. Pour les germanophones, il va de soi qu’ils puissent continuer à s’exprimer sur le plan culturel."

Le Parti populaire/Personen Partij entend aussi simplifier singulièrement les niveaux de pouvoir, puisqu’outre le fédéral et les régions, il plaidera aussi pour la suppression des provinces et tout cela avec une vraie hiérarchie des normes et plus le flou artistique actuel.

Autre axe d’attaque du PP : "la culture des coalitions a montré ses limites. Les électeurs ne s’y retrouvent plus puisque perdants et gagnants se retrouvent au pouvoir et s’interrogent sur l’utilité d’aller encore voter. Il est temps que la Belgique entre dans la voie d’une réelle alternance avec des projets bien affirmés et des scrutins à deux tours."

Lorsqu’on titille Rudy Aernoudt sur la nécessité d’avoir de très nombreux élus pour traduire ces idées qui vont à contre-courant de la Belgique actuelle, l’économiste ne se démonte pas et réplique que chaque fois qu’il donne une conférence où que ce soit dans le pays, les différents publics le soutiennent et l’engagent à aller jusqu’au bout de son combat.

"Les gens veulent le changement et sont lassés de voir que dans notre pays, l’on met l’essentiel, à savoir les questions économiques, sur le côté pour se quereller sur le dossier BHV. Il faut en sortir, et un des moyens de le faire est notamment d’instaurer une circonscription nationale. Si demain je peux voter comme Arlonais pour un Ostendais, je ne vois pas pourquoi un habitant de Hal ne pourrait pas porter son choix sur un candidat bruxellois. Ce n’est plus vraiment un tabou dans les partis flamands, même au CD&V qui ne va cependant pas encore l’admettre à haute voix. A ceux qui s’y opposent, je demande de me donner une raison de s’y opposer. C’est pourquoi nous proposerons d’élire la moitié des élus via la circonscription nationale et l’autre moitié selon de petites entités."

Rudy Aernoudt se défend de vouloir retourner à "la Belgique de papa" : "Je veux simplement avec mes amis assurer un meilleur avenir à notre pays. Et cela passera nécessairement par un décloisonnement du clivage linguistique aussi. Pourquoi ne pourrait-on pas tout simplement recevoir ses documents dans la langue de son choix partout dans le pays ?"

Pour avoir travaillé à divers niveaux politiques, Rudy Aernoudt sait bien évidemment plus que quiconque que l’on n’abolira pas les lois linguistiques du jour au lendemain, mais il a bon espoir que le retour à des familles politiques nationales puisse bouleverser les règles du jeu actuelles. D’où bien évidemment la démarche du PP qui se décline en français et en néerlandais mais aussi en anglais et en allemand.

Quant à l’entente avec Mischaël Modrikanem, Rudy Aernoudt nous a avoué qu’il a appris à le connaître lors d’une mise au vert commune sous des cieux plus cléments : "Chez lui, c’est la quête permanente de la bonne gouvernance. Il est peut-être un peu plus conservateur que moi qui me considère comme un vrai libéral mais je pense que nous sommes très complémentaires."

L’on en saura déjà davantage ce jeudi lorsque les deux co-présidents se présenteront face aux médias. Et bien plus encore lorsque se profileront des échéances électorales