Hart a pu exploiter les failles des autres pour les "emmener dans son monde".

Les cinq jeunes qui ont humilié, battu, violé, torturé Valentin Vermeesch, avant qu’il ne soit balancé dans la Meuse, les mains menottées dans le dos, formaient, pour reprendre les termes de l’avocate générale, un "groupe improbable".

Trois se connaissaient relativement bien : Alexandre Hart et Belinda Donnay vivaient dans le mini-studio de cette dernière, où Valentin a connu l’enfer tandis que Dorian Daniels, très actif dans les comportements humiliants, était un proche. Il semblait éprouver une fascination pour la violence d’Alexandre Hart.

Les deux autres accusés avaient des liens bien plus lâches avec ce trio. Loïck Masson était le voisin du dessous. Il occupait un studio dans le même immeuble tandis que Killian Wilmet, qui a filmé une partie des tortures infligées à Valentin, les avait rejoints un peu par hasard car il accompagnait Valentin.

Tous des protagonistes

Mais peut-on parler "d’effet de groupe" ? Pour le psychiatre Michel-Henri Martin, qui a examiné trois des accusés, la réponse doit être nuancée. Ici, a-t-il témoigné devant la cour d’assises, "ils sont tous des protagonistes à un titre ou à un autre. Tous interviennent à un moment ou un autre".

Le professeur Martin a mis en garde contre le risque de tout centrer sur une personne et d’oublier les autres.

Selon l’expert, il y a ici une dynamique collective qui va permettre à chacun de combler les failles qu’il a en lui. Cette dynamique de groupe sera exposée vendredi devant les assises.

Néanmoins, un des accusés apparaît au centre. C’est Alexandre Hart. Comme l’a dit Dorian Daniels, avant les premiers sévices infligés à Valentin, Alexandre Hart leur a dit : "Je vais vous emmener dans mon monde."

Selon la psychologue Audrey Laterza, qui a également examiné Alexandre Hart, "c’est lui qui tire les ficelles. Il garde le contrôle de la situation. Il garde le contrôle de la scène qu’il dirige de A à Z".

En véritable pervers, il parvient à tirer sur la corde sensible qu’il identifie chez l’autre. Une telle personnalité, a-t-elle relevé, peut déployer des stratégies verbales et surtout non verbales - création d’ambiance, menaces sous forme de railleries - qui lui permettent d’agir sur les failles des autres.

Alexandre Hart, un psychopathe

Pour le Dr Martin, contrairement aux autres, Alexandre Hart a ce pouvoir, a une façon d’être à l’aise là où les autres peuvent se trouver dans une situation d’agressivité. "Il reste en retrait mais il est le metteur en scène", a-t-il noté, tout en tenant à souligner que "les autres ont intérêt à ce que cela se passe".

Les deux experts ont dressé un portrait très sombre d’Alexandre Hart. c’est un psychopathe, une structure de personnalité qui se caractérise par une absence totale d’empathie. Sa dangerosité, notent-ils, est structurelle. Ils ne voient pas de traitement possible : tout au plus pourra-t-on atténuer sa dangerosité.

Le Dr Martin a noté un décalage entre sa "présentation désinvolte, son agressivité sous-jacente, avec, toujours, un sourire comme un masque".

Pour les experts, il y a chez lui "une jouissance à faire du mal".

Le mystère Belinda Donnay

Belinda Donnay est, de son côté, selon les experts, récupérable. Dans le groupe, elle est la seule à être un peu mature tandis que les autres sont clairement oisifs.

Carencée sur le plan affectif, elle ne dispose pas de repères suffisants pour formuler une morale bien que l’on ne note pas dans son parcours de traumatisme ou d’accident de vie.

Le Dr Martin a parlé d’un "mystère Belinda Donnay". Il a été frappé par son attitude par rapport aux faits. Elle se place hors-champ, elle esquive. "Elle minimise son rôle au-delà de l’évidence", a-t-il noté. Ce n’est pas du déni mais de la négation : "Cela lui sert à ne pas se montrer telle qu’elle n’a pas envie de se voir", dit-il.

Mme Laterza a émis une hypothèse. En participant aux tortures, elle aurait pu tenter de se réhabiliter auprès de son petit ami, Alexandre Hart, et se venger des humiliations qu’elle a pu subir.