Le commissaire Vandersmissen, violemment agressé par un manifestant mardi, a déjà pu quitter l’hôpital.

Ce n’était pas, selon le commissaire Vandersmissen, interrogé par nos confrères de la Dernière Heure, une agression innocente. "J’étais ciblé, des gens veulent visiblement ma peau."

L’agresseur, selon lui, n’a pas frappé à poing nu mais de façon délibérée avec un objet en main. Il juge avoir la chance de s’en tirer à si bon compte, plus de vingt points de suture mais sans commotion cérébrale.

L’agresseur, dit-il, "qu’aurais-je à lui dire. On s’expliquera devant le tribunal".

Pourquoi s’exposait-il non casqué tout à l’avant de la manif ? Le reverra-t-on sur les manifs ? La police de Bruxelles modifiera-t-elle ses procédés de maintien de l’ordre ?

En fin de matinée, le commissaire divisionnaire Pierre Vandersmissen quittait l’hôpital universitaire de Jette VUB.

Pierre Vandersmissen dont l’avocat, Sven Mary, entend se constituer partie civile pour lui non pour coups et blessures (comme semble le faire le parquet) mais tentative de meurtre. "Comment je me sens ? Très, très bien, même pas mal à la tête. Les médecins m’ont mis 24 points de suture, cinq internes et dix-neuf externes. Vous voulez des photos ? De quoi j’ai l’air avec les pansements sur la tête ?"

C’est la conviction des chirurgiens que l’individu qui l’a attaqué tenait dans sa main un objet contondant ou coupant. "Je n’ai pas vu (l’individu), et donc je n’en sais rien. Ce que disent les médecins, c’est qu’un ou des coups de poing n’infligent pas des blessures nécessitant plus de vingt points de suture. Il tenait un objet. Peut-être un caillou. L’enquête devra l’établir".

Sur l’identité de l’agresseur et d’éventuels liens avec un groupuscule ? "Je l’ignore. Il était vêtu d’une casquette et d’un T-Shirt rouge et il a surgi dans mon dos, en courant. Nous étions sur le lieu de dislocation de la manifestation, en train de discuter de façon cordiale avec un petit groupe qui parlait de révolution et du Grand Soir. Je répondais qu’hélas pour eux, ce n’était pas encore aujourd’hui que la mayonnaise prendrait. Un peu après, j’ai senti, d’un coup, que cela devenait hostile. Une tactique consiste alors à se retirer. Et plus on se retirait, plus l’hostilité montait. C’était bien le but : séparer ces gens du cortège pour ensuite les coincer. J’étais le seul en tenue mais il y avait des collègues en civil. Le gars est arrivé par l’arrière en courant et nous ne l’avons pas vu, occupés à regarder devant pour éviter les projectiles. Il y a ce coup. J’ai perdu connaissance."

Pour le commissaire Vandersmissen, c’est assez clair, il était ciblé. "Il y a des gens qui m’ont pris en grippe et veulent m’avoir. Je suis une cible privilégiée. Il y a eu une campagne orchestrée pour essayer de m’évincer, avec des articles, la Ligue des droits de l’homme et tout cela. Il semble qu’il y ait déjà dans les forums des commentaires où l’on regrette que je ne sois pas mort."

Ces photos qui le montrent en sang, à terre. "Je les ai vues. Mon épouse aussi. J’ai trois enfants. Dont un petit de 6 ans. J’ai le souvenir d’avoir repris connaissance longtemps après, dans l’ambulance en arrivant presque à l’hôpital de Jette. Il semble en fait que je me serais relevé tout seul un peu après le coup. C’est ce qu’on m’a dit. Je n’en ai aucun souvenir. On a craint une commotion cérébrale. J’étais réveillé toutes les heures. J’ai quand même pu dormir entre chaque réveil."

Le chef depuis 15 ans des services d’ordre dans les manifs à Bruxelles confie sa certitude d’avoir échappé au pire. Son certificat s’achève déjà le 1er juin. Et pourquoi ne porter qu’un simple képi ? "Je porte rarement le casque. Je ne le mets que quand on se fait caillasser et derrière les chevaux de frise. Et là encore, je continue d’essayer de négocier. Cela fait partie des règles de gestion négociée dans l’espace public que nous appliquons à la police de Bruxelles. Le casque ne facilite pas la discussion."

La porte-parole de la zone de police Bruxelles-Midi, Ilse Van de Keere, ajoute pour sa part que si le commissaire Vandersmissen chargeait les manifestants, c’est que des agents en civil se faisaient attaquer et que les policiers portant leur tenue de combat n’étaient pas dans les environs immédiats.

Pour Pierre Vandersmissen, la manifestation de mardi n’était pas de celles qu’il craignait le plus. "A priori, on préfère ce type de manifestation interprofessionnelle à celles qui mobilisent les dockers, les agriculteurs, les métallos, les gens poussés à bout défendant les mêmes intérêts. A priori, ici, c’était dilué. Mais il y a toujours des petits groupes anarchos qui essaient de noyauter systématiquement."

En 15 ans, observe-t-il une montée de la violence et de l’agressivité ? "Oui, très clairement." Quitter la direction des services d’ordre à PolBru ? Modifier les méthodes ? C’est deux fois non. "Ce sont de bonnes méthodes qui permettent, dans la majorité des cas, de solutionner les incidents sur le terrain. Ici, il y a un aspect pas de chance. J’ai reçu des dizaines de SMS et mails de soutien et de sympathie, pas seulement des collègues."

Et qu’aurait-il à dire à son agresseur ? "Elle est bizarre votre question. D’abord, il faudra trouver le bon auteur ( NdlR : un suspect s’est rendu hier) . Et lui dire quoi ? Je n’ai rien à lui dire. Cela se réglera devant le tribunal."


Le commissaire sera partie civile pour "tentative de meurtre"

C’est ce qu’annonce l’avocat du policier attaqué à la fin de la manifestation, Me Sven Mary

Sans exclure une possible requalification, le substitut Denis Goeman, du parquet de Bruxelles, a indiqué hier matin que l’agression du commissaire Vandersmissen fait l’objet d’un dossier de "coup et blessures volontaires sur agent dans l’exercice de ses fonctions",

Le policier de 49 ans est défendu par Sven Mary, qui a déjà obtenu pour lui plusieurs non-lieux dans des dossiers où le commissaire faisait l’objet d’accusations infondées (DHdes 30/11/2015 et 9/4/2016).

Me Sven Mary a pu nous indiquer qu’il se constituera partie civile pour tentative de meurtre contre l’auteur de l’agression. Si les coups et blessures sont punissables de 4 ans d’emprisonnement, la tentative de meurtre grimpe à 20 ans maximum. Pour Me Mary, le dossier présente l’avantage de s’appuyer sur des preuves : les images terribles que chacun a pu voir et revoir.

L’avocat trouve les éléments constitutifs de la tentative de meurtre sur le policier, dans la "mise en œuvre de moyens qui peuvent donner la mort, à savoir l’endroit vital du corps où le coup a été donné, la violence (augmentée par l’élan, au moment de porter le coup) et l’usage, par l’agresseur, d’un objet (caillou ?) approprié, assimilable à une arme. "