entretien

Le ministre-président l'avait promis. Et on y est. Ce jeudi, Charles Picqué présente en conseil son plan de développement international de la Région. Une rentrée en fanfare qu'il a voulu faire dans "La Libre" non sans exprimer ses craintes face à la situation politique...

La rentrée politique n'incite pas à un optimisme démesuré...

Le pessimiste institutionnel qu'on me dit être n'est pas surpris par la tournure des événements. Il ne faut pas être dupe des sondages : s'il demeure une majorité favorable au maintien de la Belgique, la Flandre n'en veut plus que si elle est calquée sur ses intérêts. Dès lors, il est inimaginable que les francophones veuillent seulement refermer le dossier. Si les Flamands continuent à poser des exigences, les francophones ont doublement raison de ne pas en vouloir. Sur un plan moral parce que la dislocation du pays entraînerait une rupture dans la solidarité. Et quand on n'est pas demandeur, il faut le faire payer très cher! On n'échappera pas à une discussion institutionnelle sérieuse... Or toute réforme doit au mieux préserver les intérêts de Bruxelles. Pour ses habitants mais aussi parce que cela lui permettra de conserver son rôle irremplaçable de levier économique du pays. Enfin, plus notre région sera forte, moins on imaginera une rupture entre la Flandre et la Wallonie. Puis, il y a la dimension européenne avec ses sièges implantés chez nous. Et pourtant d'après ce que j'en ai lu, le formateur a réussi à ne pas parler de Bruxelles ! Sa seule référence fut... BHV ! Il va falloir se battre pour le statut de la Région !....

...Que d'aucuns veulent toujours supprimer...

Depuis sa création, la Région n'a pas pu régler tous ses problèmes ; ils ont été accentués par l'évolution sociale de la population dont la difficulté de gérer les flux des primo-arrivants mais on a enrayé le phénomène du délabrement des quartiers anciens, Bruxelles a été confortée comme ville internationale et sur le terrain économique, elle s'est renforcée comme les deux Brabant. On veut nous faire passer pour des nains alors que Bruxelles est indispensable au pays. C'est ce qu'a démontré aussi Rudi Aernoudt dans son dernier livre...

Mais quel destin alors ?

Tout dépendra du transfert de compétences. On ne peut pas rater le train des réformes : il faut objectiver la pérennité régionale, un financement plus adéquat et une cohérence au développement de Bruxelles et de son hinterland. Si on veut sauver la Belgique, il faut une proportionnalité dans les concessions flamandes et francophones car un rapport de force déséquilibré aurait en germe sa fin. Ceux qui croient qu'il faut céder pour la survie du pays risquent de se retrouver face à un scénario de rupture totale. Et Bruxelles sera si affaibli, enclavé, dominé économiquement et géographiquement que le maillon de la Belgique fédérale n'existera plus !

Mais les francophones sont-ils dans un rapport de force favorable ?

Il y a encore des gens raisonnables qui comprennent l'importance stratégique de Bruxelles en Flandre et en Wallonie. Même dans une logique d'entités plus autonomes, elles ont besoin de nous mais on ne peut plus tergiverser...

Vous avez de nouvelles ambitions pour la Région...

Il est important que notre plan pour le développement international soit dans les starting blocks. Pour montrer au nord et au sud que nous servons aussi leurs intérêts. Nous sommes cette partie de la Belgique qui garantit encore un win-win et qui montre ce que chacun y perdrait.

Quel avenir institutionnel préférez-vous ?

Une structure avec trois Régions avec un juste financement et une cohérence de développement avec l'hinterland. Puis, je pointe l'alliance avec la Wallonie si la Flandre nous lâche. Face à cela, il y a le pire scénario de l'isolement et celui d'une co-gestion qui nous ferait perdre sur tous les tableaux.

Des hypothèses de travail moins concrètes que le PDI...

Depuis 1989, on a élaboré le plan régional de développement, mené une bonne politique des quartiers et lancé le contrat pour l'économie et l'emploi ; on va poursuivre ce cheminement cohérent par de nouveaux outils. C'est pourquoi le PDI prévoit un marketing de ville cohérent et ancré dans les différentes identités bruxelloises sachant que sa notoriété hors nos murs c'est l'Europe. Il entend aussi renforcer les équipements dans dix zones stratégiques qui peuvent contribuer à la compétitivité internationale. Pensez au quartier des musées mais aussi à Schaerbeek-Formation non loin du canal, etc, etc. En même temps, il faut développer des infrastructures dites de confort et soutenir un développement économique et social qui profite à tous. Enfin, cela nécessite l'organisation d'une meilleure gouvernance entre tous les niveaux de pouvoir : avec l'Europe, les communes, le fédéral et les autres entités fédérées...

Vous interpellez donc directement aussi le fédéral ?

Le projet a été remis à l'informateur Reynders. Mais il nous faut l'appui de tous les niveaux de pouvoir. Avec une task force, comme par exemple une conférence interministérielle.

Qui va financer le PDI ?

Parmi les infrastructures de confort, il y a ce qui a trait à la mobilité. Si la Belgique prenait en charge les transports à Bruxelles, cela donnerait une marge importante à notre budget. Pour l'heure, cela représente entre un quart et un tiers de nos coûts. Mais ça interpelle donc à la fois le fédéral et les Régions...

Vous voilà moins pessimiste !

Oui, mais il faut attirer l'attention des francophones sur les conséquences d'une scission de BHV : cela couperait Bruxelles de son hinterland et il n'y aurait plus d'interface avec la Wallonie. Et cela s'aggraverait avec une fusion des institutions. D'où notre insistance sur une proportionnalité dans les exigences et les décisions...