On a rarement vu Didier Reynders, le président du MR tenir des propos aussi durs sur l'un des siens. «Alain Destexhe se met en marge du parti...», a-t-il déclaré, lundi, après avoir pris connaissance des propos du sénateur rebelle. «M. Destexhe a formulé ses critiques de manière indépendante de son parti», a-t-il lancé.

Tant qu'Alain Destexhe se contentait de publier «ses» chiffres de la Wallonie, tant qu'il houspillait Serge Kubla, l'ancien ministre wallon de l'Economie, libéral comme lui, Didier Reynders laissait faire. Mais ici, Alain Destexhe a peut-être franchi la ligne rouge. Car cette sortie, il n'en a parlé à personne au MR. Même pas à son président.

«C'est là de sa part une initiative intempestive et déplacée: la sécurité est un thème trop sérieux pour en faire du show personnel comme le fait M. Destexhe. Je ne comprends pas comment on peut faire mousser quelque chose qui n'est pas un événement.» Et vlan. Pour Didier Reynders l'affaire a été discutée au gouvernement la semaine dernière: ce vol, dit-il, n'a rien d'inquiétant, des mesures ont été prises.

Au MR, on n'hésite pas à affirmer qu'Alain Destexhe est tombé «dans la médiatisation rapide et facile» à la veille d'un scrutin communal où, finalement, il déposera sa propre liste à Auderghem.

Dès lors la question mérite d'être posée: Destexhe est-il menacé au MR? C'est une habitude, chez Destexhe. Le travail collectif n'est pas son fort. Pourtant, s'il est peu apprécié par l'appareil, Destexhe a de fervents défenseurs parmi les militants et les électeurs. Y aura-t-il des conséquences? L'affaire est prise au sérieux: au MR, on estime qu'il devrait tirer les conclusions de son geste: peut-être, dit-on, n'est-il pas fait pour le travail collectif au sein d'un groupe politique...

Alain Destexhe ne comprend pas la violence de la réaction de son patron au MR. Il maintient que ce vol est extrêmement inquiétant: «Ce qui s'est passé est gravissime. Le reste paraît accessoire.»

De son côté, le CDH demande qu'une explication soit fournie au Parlement. Le parti de Joëlle Milquet... prend la défense d'Alain Destexhe: «Le CDH ne comprendrait pas que le simple fait pour un parlementaire d'évoquer ce problème légitime implique une mise à l'écart d'un parti qui dit pourtant vouloir placer la sécurité comme priorité.»D V.d.W.

© La Libre Belgique 2006