Les suites du dossier transmis au parquet fin de la semaine dernière, accusant Alain Hubert de prise illégale d’intérêts et de conflit d’intérêts dans la gestion de la station polaire Princesse-Elisabeth (la base permanente des Belges en Antarctique) ne se sont pas fait attendre. En effet, l’explorateur belge devrait perdre à l’avenir son monopole de fait dans l’accompagnement logistique des missions scientifiques belges en Antarctique.

Les reproches émis contre Alain Hubert sont lourds : l’administration fédérale a dénoncé au procureur du Roi “le système mis en place par l’explorateur où on le retrouve à la tête des deux organisations qui chapeautent les missions (le Secrétariat polaire et la Fondation polaire internationale) mais aussi dans trois sociétés qui bénéficient de contrats octroyés dans le cadre du fonctionnement de la station Princesse-Elisabeth. D’où les accusations de conflit d’intérêts et de prise d’intérêts.

Bref, suite aux nombreux problèmes connus ces derniers mois entre Alain Hubert et l’Etat belge (sur la propriété de la base, sur le comportement jugé excessif de l’explorateur lors des missions, etc.), Philippe Courard (PS), secrétaire d’Etat en charge de la Politique scientifique, planche sur un nouveau modèle de gestion pour la station Princesse-Elisabeth.

“Explorateurs” en concurrence

Si ce modèle voit le jour, l’attribution de la gestion de la logistique des missions polaires sera mise dorénavant en concurrence dans le cadre de marchés publics. Autrement dit, tous “les explorateurs” pourront entrer en compétition avec Alain Hubert pour remporter le marché des expéditions belges en terres australes.

Tout le monde devra répondre aux appels d’offres pour réaliser les prestations entourant les missions. D’autres explorateurs pourront donc postuler pour accomplir le job que fait actuellement Alain Hubert. Je n’émets d’exclusive contre personne mais ça ne doit pas rester dans le giron d’un seul, explique Philippe Courard. Au sujet d’Alain Hubert et du dossier communiqué au parquet, il faut que chacun tire les conclusions. Les reproches sont importants depuis pas mal de temps mais il y a une prise de conscience de la part de tout le monde. Philippe Mettens (le dirigeant de l’administration fédérale de la Politique scientifique, NdlR) a dit qu’il y a des illégalités commises par Alain Hubert et il a signalé tout cela au parquet. C’est désormais à la Justice de faire son travail et cela va prendre du temps.

“Micmac”

En attendant, pour plus de transparence dans les flux financiers qui entourent les missions polaires, une nouvelle structure unique va voir le jour. Jessaie d’être pragmatique, j’essaie d’apporter le plus de transparence possible, ajoute le secrétaire d’Etat. Je négocie donc actuellement pour créer une structure unique de gestion des missions en Antarctique où tous les apports financiers, publics et privés, seront centralisés afin de garantir la transparence mais aussi plus de rapidité dans les décisions. Actuellement, le Secrétariat polaire et la Fondation polaire internationale sont présidés toutes les deux par Alain Hubert et c’est le micmac…

Un micmac ? Oui, c’est d’ailleurs l’objet du dossier transmis au parquet, comme “La Libre” le révélait le week-end dernier. Pour rappel, la Fondation polaire internationale, qui assure le fonctionnement de la base belge en Antarctique, tire ses moyens du Secrétariat polaire, un organisme privé-public associant les différentes parties qui financent la station Princesse-Elisabeth. Le Secrétariat polaire est aussi présidé par Alain Hubert et cela pose un gros problème à la Politique scientifique fédérale.

Trois autres structures dans lesquelles Alain Hubert est présent (ainsi que sa femme pour l’une des trois) facturent également des services à sa Fondation. Des montants importants (pour un total de 672 000 euros) ont été payés à l’aide de fonds issus du financement public dont bénéficie la Fondation et qui lui est octroyé par le Secrétariat polaire