Les tunnels bruxellois sont très malades. Dimanche, un énième incident l’a montré.

L’annonce, vendredi soir (LLB des 23 et 24 janvier), de la fermeture du tunnel Stéphanie pendant au moins un an a entraîné, au cours du week-end, de nombreuses réactions politiques. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, le tunnel Léopold II a été fermé une première fois dimanche, entre 11h30 et 14h, après la chute d’un fragment de l’ouvrage, à hauteur de Sainctelette, avant qu'une fermeture prolongée ne soit décidée à partir de 19H00 afin de procéder à un examen approfondi. Vers 6H00, le trafic a à nouveau pu emprunter ce tunnel. Les résultats de l'inspection nocturne sont attendus dans le courant de l'après-midi. Résultats qui pourraient avoir de sérieuses conséquences.

1. Le point sur la situation. Depuis le 11 janvier, le tunnel Stéphanie est fermé à la circulation après qu’une inspection a révélé l’existence de fissures dans le plafond de l’ouvrage. Il a été montré que l’armature du plafond était corrodée et que l’enrobage en béton se déchirait. Une étude de stabilité approfondie a dès lors été menée par Bruxelles Mobilité et par le bureau d’études externe Engis. Elle a conclu à un risque important de chute d’éléments sur la chaussée. Résultat : le ministre bruxellois de la Mobilité et des Travaux publics, Pascal Smet (sp.a), a décidé la fermeture à long terme du tunnel.

2. A long terme, cela veut dire quoi ? Avant d’entamer les travaux de réparation et de rénovation du tunnel, on devrait passer par une phase d’études préalable de six mois. Les travaux proprement dits devraient durer six mois eux aussi. Sur le site du "Soir", le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Yvan Mayeur (PS), s’est demandé si le tunnel ne pourrait rester ouvert sur une bande de circulation sécurisée. Le ministre a promis d’étudier cette option. En attendant, on risque d’assister à la saturation pendant de longues semaines du quartier Louise, mais aussi à des embouteillages dans d’autres zones de Bruxelles. Ces derniers jours, le quartier du cimetière d’Ixelles connaissait de gros bouchons et sur le ring, des panneaux incitent à rejoindre le centre-ville par Montgomery.

3. Qui est responsable ? Pour le député bruxellois MR Boris Dilliès (dans l’opposition), la fermeture du tunnel Stéphanie est le résultat d’un manque d’entretien criant des tunnels bruxellois ces dix dernières années. Pour Marc Loewenstein, député bruxellois DéFI, la responsabilité est collective et résulte d’un manque d’investissements suffisants depuis plusieurs décennies. Pour Touring, il s’agit du "résultat de l’incompétence des gouvernements successifs".

4. Qui va payer les travaux ? Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) a relevé, à la RTBF, que la Région devrait assumer la rénovation urgente de certains tunnels. Par ailleurs, dans une interview à "L’Echo", antérieure à la décision de fermer le tunnel Stéphanie, le ministre fédéral MR Didier Reynders a évoqué les 50 millions d’euros débloqués par le fédéral pour le métro. Cette somme pourrait être réorientée pour accélérer les chantiers de rénovation des tunnels, a déclaré celui qui dirige aussi Beliris, organisme de coopération entre l’Etat fédéral et la Région de Bruxelles-Capitale. De son côté, Marc Loewenstein rappelle que certains tunnels sont empruntés quotidiennement par de nombreux usagers wallons et flamands et qu’il serait normal que le fédéral, la Wallonie et la Flandre fassent preuve de solidarité avec Bruxelles. Si ce n’est pas le cas, la question d’un péage urbain, imposé aux Wallons et aux Flamands mais neutre pour les Bruxellois, devra être abordée. A ses yeux, il y a également lieu de se demander quand le Fédéral investira pour la mise en place du RER et quand la Flandre acceptera de construire des parkings de dissuasion à l’extérieur du ring.

5. Les tunnels bruxellois ont-ils un avenir ? Selon certaines sources, la rénovation complète des tunnels bruxellois coûterait au moins 600 millions d’euros. Un montant que divers experts et plusieurs élus jugent trop élevé à un moment où une réflexion de fond sur la mobilité dans la capitale doit être menée. Rudy Vervoort a rappelé, samedi, qu’il fallait réfléchir aux alternatives à long terme. C’est ainsi que la question de la disparition de tunnels comme le Léopold II (vétuste lui aussi, comme l’a montré l’incident de dimanche dont on ne mesure pas encore l’ampleur) et le Cinquantenaire, véritables aspirateurs à voitures, sera immanquablement posée.


Plusieurs lignes du RER pourraient ne jamais voir le jour

Pendant que l’on se demande quel sera l’impact de la fermeture du tunnel Stéphanie, à Bruxelles, sur la mobilité des usagers qui tentent, chaque jour, de gagner le centre de la capitale (voir ci-dessus), "l’Avenir" rapportait, samedi, que les lignes 124 et 161 du réseau express régional (RER) pourraient ne jamais être opérationnelles, faute de fonds suffisants.

Dindons de la farce

Selon plusieurs scénarios, il manquerait au moins 60 à 75 millions d’euros pour terminer les travaux. Le fonds RER pour mener à bien les travaux sur les lignes 124 (Bruxelles-Nivelles) et 161 (Bruxelles-Ottignies-Louvain-la-Neuve) s’élève actuellement à 115 millions d’euros. Or, les nouveaux plans de la SNCB et d’Infrabel pour ces deux axes font état de dépenses de plus de 190 millions d’euros.

Ces travaux devraient dès lors être interrompus pour quatre ans, sans garantie d’une reprise en 2019. "Certains choix posés en 2003 étaient déconnectés de toute réalité d’exploitation", estime aujourd’hui le cabinet de la ministre de la Mobilité, Jacqueline Galant, qui ajoute qu’une nouvelle enveloppe pour le fonds RER n’est pas à l’ordre du jour.

Le député Marcel Cheron (Ecolo) pense que le RER est abandonné. "C’est la concrétisation du désinvestissement de ce gouvernement dans le rail", estime-t-il. "Les navetteurs, qui subissent les travaux depuis vingt ans, sont vraiment les dindons de la farce. Tout comme les contribuables qui ont financé les travaux opérés jusque-là".

Le député de Nivelles appelle également le gouvernement wallon à "se ressaisir et influer sur la priorité des investissements". Je rappelle qu’avec "le budget consacré aux gares de Liège et de Mons, on aurait pu finir le RER", assène-t-il.

Sur le site internet du "Soir", le vice-Premier ministre fédéral MR Didier Reynders dit attendre de voir le plan d’investissements de la SNCB. "Je serai attentif, non seulement au RER mais aussi au réseau urbain bruxellois", précise-t-il, rappelant que les lignes existent.