L’affaire Belliraj a ruiné les anciennes bonnes relations entre les services secrets belges (dont la Sûreté) et marocains (dont la "Direction générale des études et de la documentation", le service extérieur, très présent en Belgique). C’est que le royaume chérifien semble jouer solo sur le sujet, côté renseignement mais aussi judiciaire.

Mais ce n’est pas la seule pierre d’achoppement. On avait appris mi-octobre, notamment dans Le Vif/L’Express, qu’un membre de cette DGED (on prononce "Djed", dans le milieu) était devenu indésirable en Belgique. La "Djed" franchit en effet un peu trop, ces derniers temps, les limites tolérées de son fonctionnement sur notre sol (surveillance de ses ressortissants et lutte antiterroriste) et ce faux diplomate avait forcé la dose d’"ingérence caractérisée". Espionnage et pressions au menu

Mais en fait, comme cela a été expliqué au début de la semaine en commission du suivi du Comité R (là où le Parlement surveille les "services"), c’est le comportement de trois officiers de la "Djed" que la Sûreté estimait incompatible avec les relations amicales espérées. Voilà pourquoi, début juillet, le patron de la Sûreté Alain Winants avait demandé au chef du service étranger de les rappeler à Rabat, s’est-il encore dit à cette commission. Or, jeudi, De Morgen détaillait cette réunion parlementaire supposée secrète. Mais sur une base tronquée, laissant par exemple croire que le Maroc ne fera pas droit à cette demande (on verra en décembre ce qu’il en sera vraiment) d’une Sûreté dès lors un peu ridicule.

Surtout, ce n’est pas la première fois que des informations dites "opérationnelles", donc protégées, sont divulguées de manière orientée à la faveur d’une réunion de la commission du suivi. Ainsi, en septembre et sur une base déjà tronquée, il s’agissait de faire croire à tort que la Sûreté avait connu les supposées activités terroristes de Belliraj sans s’en émouvoir.

Bref, que penser de ces "fuites" orientées? "C’est profondément scandaleux et elles sont inacceptables", nous a dit jeudi Armand De Decker, président du Sénat et de ladite commission. "Cela met en cause la sécurité générale ainsi que la crédibilité des services. Il s’agit clairement de manœuvres destinées à mettre la Sûreté en difficulté et à rendre impossible tout contrôle démocratique". Résultats: "En accord avec le Premier ministre et celui de la Justice, je vais prendre des mesures pour stopper ces fuites. Je réunirai la commission selon une autre procédure. Et je veux qu’une plainte soit déposée".