Mehdi Nemmouche, qui depuis le début de l'instruction d'audience s'est montré résolument déterminé à ne pas répondre aux questions de la cour, a laissé entendre le contraire mercredi. Jusqu'ici calme et impassible, l'accusé s'est ainsi emporté contre la cour et le parquet fédéral, intimant à la présidente d'être "patiente" et parlant d'un "torchon d'accusation rédigé par les procureurs". Les débats se sont achevés vers 16h30 mercredi et reprendront jeudi à 09h00. L'audience de mercredi a été marquée par une intervention inattendue de Mehdi Nemmouche, après que la présidente de la cour d'assises a persisté à lui poser certaines questions.

La magistrate a questionné l'accusé sur la raison pour laquelle il ne prenait pas la parole devant la cour d'assises, juste après que la juge d'instruction a rappelé, dans son exposé de l'enquête, que l'avocat de Mehdi Nemmouche avait déclaré que son client parlerait devant le jury.

"Nous sommes ici jusqu'au 1er mars. Il y a un moment où je m'expliquerai", a souligné Mehdi Nemmouche auprès de Laurence Massart, qui l'a corrigé en précisant que les auditions de témoins ne se faisaient que jusqu'au 12 février. Celles-ci seront suivies des plaidoiries des différentes parties.

"Ce moment arrivera, soyez patiente", a-t-il intimé à la présidente, poursuivant: "nous vous avons présenté une liste de témoins comprenant 130 personnes, que vous avez expurgée de toute personne qui aurait pu donner une information aux antipodes de la version présentée dans ce torchon d'accusation rédigé par les procureurs. Cet acte d'accusation se base exclusivement sur des impostures, nous le prouverons. Soyez patiente."

Après une brève interruption, la cour a continué d'interroger Mehdi Nemmouche. A celle-ci, l'accusé a rétorqué: "je répondrai à toutes vos questions plus tard, celle-ci y compris". Ce que la présidente à demander à faire acter, pour attester par écrit de cette déclaration répétée.

Par ailleurs, mercredi matin, la cour a entendu le policier qui avait traité les images des caméras de vidéo-surveillance du Musée juif pour obtenir l'image du tireur qui a fait l'objet d'un avis de recherche.

"J'ai utilisé un lecteur permettant de faire des captures d'écran. Chaque pixel de la vidéo originale se retrouve exactement au même endroit dans la copie, avec la même valeur. Aucune transformation n'est possible", a-t-il dit, confirmant que rien n'avait été enlevé ou ajouté à la personne sur l'image.

Pour rappel, les avocats de Mehdi Nemmouche ont accusé les enquêteurs d'avoir trafiqué les images des caméras de vidéo-surveillance en effaçant les lunettes noires que portait l'auteur et en reconstruisant son visage.

Enfin, mercredi, les enquêteurs ont également évoqué les images de vidéo-surveillance de la compagnie Eurolines située à la gare du Nord à Bruxelles, sur lesquelles on distingue Mehdi Nemmouche acheter un billet de bus pour Marseille, le 28 mai 2014.

Sur ces images, Mehdi Nemmouche était accompagné d'un inconnu. Ce dernier avait fait l'objet d'un avis de recherche mais n'a jamais été retrouvé. Toutefois, les enquêteurs ont conclu qu'il s'agissait très probablement d'une rencontre fortuite et que les deux hommes ne se connaissaient pas.

Les enquêteurs ont aussi évoqué les appels sur la ligne gratuite mise en place pour cette enquête. L'un des appels, formé par le propriétaire d'une maison à Molenbeek-Saint-Jean, avait permis de découvrir que Mehdi Nemmouche avait loué un appartement dans cette habitation entre fin mars et fin mai 2014.

Les policiers français ont aussi fait état de toute l'enquête de téléphonie réalisée en France et qui avait permis, notamment, de constater que Mehdi Nemmouche s'était rendu à Marseille fin avril 2014. Les enquêteurs ont en effet établi qu'un numéro de GSM français inconnu, mais dont la carte SIM avait été achetée fin mars à Tourcoing, le lieu de résidence de la mère de Mehdi Nemmouche, avait tout à coup contacté Nacer Bendrer et Mounir Attalah entre le 24 et le 29 avril 2014.

Les policiers ont par ailleurs constaté que ce numéro avait activé des antennes relais dans un quartier marseillais fréquenté par Nacer Bendrer, au moment où ce dernier s'y trouvait. "Ils se sont forcément vus", ont commenté les enquêteurs français.