Comme à Paris, certains internautes prétendent que les attentats de Bruxelles ont été mis en scène par les autorités.

Sur l’écran, un homme vêtu d’une chemise à carreaux bleus se lève en trébuchant, juste après l’explosion à l’aéroport de Zaventem. Dans le creux de son bras gauche il tient un bébé. La chaîne AMN sur YouTube propose une exégèse de la vidéo : l’enfant ne serait qu’une poupée.


La nébuleuse complotiste a réagi rapidement à la tuerie bruxelloise. En gros, elle évoque, sur Internet, un attentat sous "false flag", c’est-à-dire un attentat perpétré volontairement par les autorités nationales dans un but précis.

Multiplicité des thèmes complotistes

"Le conspirationnisme est un radicalisme soft", analyse Emmanuelle Danblon pour "La Libre", professeur à l’ Université libre de Belgique (ULB), directrice du groupe de recherche en rhétorique et argumentation linguistique.

Après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, ces théories avaient fait florès sur les réseaux sociaux. "Il s’agit de trouver l’indice qui va semer le doute dans l’esprit de l’internaute", commente l’experte.

Plusieurs théories complotistes circulent déjà au sujet des attentats de Bruxelles, dont voici le florilège. Les explosions dans la station de métro Maelbeek ont eu lieu à 9 h 11. Serait-ce un hasard ? Non, il s’agirait pour les complotistes d’un "clin d’œil" au 11 septembre 2001, surnommé le 9/11 par les Américains. Le 22 mars 2016, date des attentats de Bruxelles, c’est aussi le 322e anniversaire du "Skull and bones human sacrifice" (les têtes de mort et des os du sacrifice humain, NdlR), une fête célébrée par une organisation secrète qui régirait le monde, les Illuminati.


D’autres comptes YouTube, atteignant jusqu’à 70 000 vues, évoquent des comédiens, déjà "embauchés" lors des attentats de Paris ou de Boston : "Cela donne l’idée d’une mise en scène globale", explique Emmanuelle Danblon.

Parmi les adeptes de la théorie du complot, la charge de la preuve est inversée : "On cherche avant tout à vérifier son hypothèse, alors qu’un raisonnement scientifique tente d’abord de la déconstruire", professe la chercheuse. Les universitaires tentent d’analyser ce schéma de pensée pour comprendre son rôle dans la société. "Les images passent en boucle, tous les internautes - conspirationnistes ou non - ont une boulimie d’images qui brouille la frontière entre l’imagination et le réel", explique Mme Danblon.

Comprendre le discours conspirationniste

Et chacun a sa part de responsabilité dans la construction de cette imaginaire conspirationniste : "Les journalistes peuvent prendre des images sans vérifier, qu’ils diffusent car ils savent que les internautes ont besoin de se nourrir d’images. Diaboliser ces personnes est contre-productif, cela revient à confirmer leur thèse originelle : il y a eux et il y a nous", déclare Emmanuelle Danblon.

"Pour lutter contre le radicalisme et les théories du complot, il faut comprendre qu’il y a quelque chose de sensé dans le discours de l’autre", analyse l’universitaire. S’il semble difficile de déconstruire l’argumentaire des partisans du complotisme, l’empathie permettrait peut-être de comprendre ce qui fonde ces croyances.