Ibrahim El Bakraoui n'était pas connu des autorités néerlandaises, ressort-il d'une lettre transmise jeudi soir à la Deuxième Chambre du parlement des Pays-Bas par le ministre de la Justice Ard van der Steur. Dans ce document, La Haye confirme que l'homme, qui a commis un attentat-suicide à l'aéroport de Zaventem le 22 mars 2016, a bien été expulsé par la Turquie vers les Pays-Bas le 14 juillet 2015.

Les autorités turques ont prévenu La Haye, par note déposée dans un portail électronique, mais cette note "ne présentait absolument aucune information ou clarification" sur les personnes expulsées, explique le ministre.

Une note similaire avait été envoyée aux autorités belges, a-t-il assuré, soulignant que "contrairement à d'habitude", il "n'y a pas eu de contact direct entre les services de police". Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait accusé la Belgique mercredi de ne pas avoir été "en mesure d'identifier" les liens entre Ibrahim El Bakraoui et le djihadisme.

Les autorités néerlandaises n'étaient pas au courant des antécédents criminels d'El Bakraoui, car ceux-ci n'avaient pas été introduits dans les bases de données pertinentes sur les personnes recherchées. L'homme, en possession d'un passeport belge, n'était pas accompagné de policiers à son arrivée à Amsterdam. "Il n'y avait aucune raison d'entreprendre une action à son arrivée à l'aéroport de Schiphol", a expliqué le ministre.

En 2010, Ibrahim El Bakraoui avait été condamné en Belgique à dix ans de prison pour une tentative d'attaque à main armée. Il avait été libéré conditionnellement en octobre 2014 et devait se signaler touts les mois auprès de son assistant de contrôle judiciaire.

En juin 2015, il a été intercepté dans la ville turque de Gaziantep, à la frontière avec la Syrie, avant d'être expulsé vers Amsterdam un mois plus tard. Un officier de liaison belge a informé le 15 juillet les Pays-Bas pour leur signaler qu'il avait reçu des informations des autorités turques concernant l'expulsion, survenue la veille. La police néerlandaise a fait une recherche dans les systèmes de police, mais ceux-ci ne comprenaient aucune information sur El Bakraoui.

Les parlementaires néerlandais avaient demandé des explications au ministre de la Justice après les déclarations du président turc Erdogan, qui a révélé mercredi que la Turquie avait interpellé et expulsé le futur kamikaze vers les Pays-Bas. Les débats ont été reportés car la lettre du ministre van der Steur adressée au parlement est arrivée tardivement.


L'opposition néerlandaise s'inquiète de la collaboration internationale

La Deuxième Chambre du parlement des Pays-Bas, la chambre néerlandaise des représentants, s'est inquiétée jeudi de la collaboration internationale en matière de lutte contre le terrorisme, après que le ministre de la Justice Ard van der Steur (VVD) a indiqué qu'Ibrahim El Bakraoui, le kamikaze qui s'est fait exploser mardi dans la station de métro Maelbeek après avoir été expulsé par la Turquie vers les Pays-Bas en juillet, n'était pas connu des autorités néerlandaises, ni enregistré dans une base de données pertinente sur les personnes recherchées. Le leader du CDA (Appel démocrate-chrétien), Sybrand Buma, a fustigé la Turquie, la Belgique et les Pays-Bas dans un "processus qui a tout de l'amateurisme", affirme-t-il. Selon lui, "il existe des lacunes dans la collaboration internationale et dans l'échange d'informations".

La figure de proue du parti d'extrême droite PVV, Geert Wilders, s'est montré tout aussi critique. "Pourquoi le message n'est-il pas arrivé avec la mention 'très urgent'? C'est incompréhensible. Pourquoi aucun avis de recherche n'a-t-il pas été diffusé après que l'on en a appris plus sur cet homme? Que savaient l'AIVD (les services de renseignements néerlandais) et le MIVD (le renseignement militaire)?", interroge-t-il.

Pour le chef de groupe du parti GroenLinks (Gauche verte), Jesse Klaver, "la collaboration européenne en matière d'antiterrorisme n'est pas encore au point".

Le parti conservateur ChristenUnie (Union chrétienne) s'est également dit préoccupé. "Pourquoi cette expulsion est-elle passée inaperçue?, s'étonne Gert-Jan Segers.


Les frères El Bakraoui déjà sur la liste noire du terrorisme dressée par les Etats-Unis

Les noms des frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui figuraient déjà sur la liste noire du terrorisme dressée par les Etats-Unis avant les attentats de Bruxelles, ont affirmé deux fonctionnaires américains, souhaitant conserver l'anonymat, à NBC News. D'après la chaîne d'information américaine, ces révélations suscitent des interrogations sur la manière dont les autorités belges ont considéré les deux frères, qualifiés en Belgique de "petits délinquants".

Ibrahim et Khalid El Bakraoui sont tous deux impliqués dans les attentats qui ont frappé Bruxelles mardi. Ibrahim s'est fait exploser dans le hall des départs de l'aéroport de Zaventem, tandis que Khalid a été identifié comme kamikaze dans une rame de métro à la station Maelbeek.