Les plaintes s’amoncellent sur le bureau de la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom (Open VLD). Après les gardiens de prison, les avocats pro deo et les experts judiciaires (lire ci-dessous), c’est au tour des travailleurs des maisons de justice, en grève lundi, et des services psychosociaux des prisons, de protester contre le sort qui leur est réservé.

Quelque 600 personnes venues de tout le pays ont ainsi manifesté, sous une pluie battante, devant la maison de justice de Liège pour dénoncer les coupes sombres envisagées dans leur secteur. Mises sur pied dans le sillage de l’affaire Dutroux, les maisons de justice encadrent les détenus en congé pénitentiaire, en conditionnelle ou sous surveillance électronique; les assistants de justice y prennent aussi en charge l’aide et l’accompagnement des victimes.

En amont, au sein des prisons, les services psychosociaux travaillent à la réinsertion des détenus au terme de leur peine. "On remet des avis psychosociaux au directeur de la prison en vue des permissions de sortie, des congés, des libérations conditionnelles , indique Pierre Verbist, assistant social de formation et, depuis 2004, expert technique pénitentiaire à la prison de Namur où l’équipe du service psychosocial compte dix personnes. On accompagne les détenus pendant toute l’exécution de leur peine pour remettre des avis complets qui tiennent compte de leur parcours de vie, de leur personnalité, de problèmes psychologiques éventuels même s’ils ne relèvent pas de la défense sociale."

Les tribunaux de l’application des peines (TAP) se basent sur ces précieux rapports pour évaluer le risque de récidive et libérer, ou pas, la personne. " On n’est pas des devins mais on essaie de les éclairer. On est en première ligne : on a des contacts au quotidien avec les détenus, qu’ils soient prévenus, condamnés ou internés" , insiste encore Pierre Verbist.

Les membres des services psychosociaux (SPS) des prisons s’inquiètent des négociations en cours pour le SPF Justice qui laissent entrevoir une réduction d’environ 7 % du cadre des 169 psychologues et 165 assistants sociaux des SPS du pays. Soit 24 unités en moins. De source syndicale, on parle même de 50 postes supprimés.

"Au moment où il y a une explosion de nos missions, on devrait plutôt augmenter notre cadre , affirme Pierre Verbist. Au-delà des évaluations et des rapports d’expertise, on a aussi un rôle de soutien au sein de la prison pour éviter certaines situations dramatiques. On essaie d’être proactifs et dynamiques, y compris dans les moments de crise." Quand il faut, par exemple, annoncer à un détenu le décès d’un proche. "Cela permet de désamorcer des bombes."

Mais pour assurer ce travail d’expertise - à ne pas confondre avec les soins psychologiques pris en charge par d’autres psychologues et psychiatres au sein de la prison -, il faut un personnel stable et bien formé, ce qui est un gage de qualité et de prise de recul nécessaire pour exercer ces missions. "Les services psychosociaux sont un maillon de la chaîne dans lequel on ne peut pas sabrer. Si les dossiers n’avancent pas, des détenus ne sont pas libérés et restent en souffrance dans la prison."

Conséquences prévisibles du déforcement des services psychosociaux : des séjours encore plus longs derrière les barreaux et une aggravation (encore !) de la surpopulation et de tous ses corollaires : insécurité renforcée, risques d’évasion En Belgique, la portion de la peine subie atteint la moitié pour les primo-délinquants; les deux tiers pour les récidivistes. Toutes les études tendent à prouver qu’au-delà de cinq ans, l’impact de l’incarcération est nul en matière de réduction de la récidive et de la dangerosité. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’une longue détention devient un obstacle quasi infranchissable à la réinsertion. Est-ce cela que l’on vise ?