Belgique

C’est sous un soleil radieux, presque indécent, que les autorités belges, le Premier ministre Di Rupo et la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet en tête, ont rendu hommage ce mardi 8 mai aux 1 500 000 personnes, hommes, femmes et enfants, qui périrent, au mépris total de leur dignité humaine, dans les entrailles du tristement célèbre camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

En ce jour d’anniversaire de la fin de la guerre 40-45 en Europe, l’émotion était palpable sur les marches du mémorial de Birkenau (Auschwitz II). Véritable point d’orgue d’un voyage, d’un pèlerinage commencé il y a quatre jours, les 1000 jeunes qui avaient embarqué samedi dernier dans le "train des 1000" - projet mémoriel lancé par l’Institut des vétérans/Institut national des invalides de guerre, anciens combattants et victimes de guerre, en collaboration avec la Fondation Auschwitz et la Fédération internationale des résistants (FIR) - ont pu partager leurs impressions, leurs émotions avec le Premier ainsi qu’avec deux rescapés des camps de la mort, Paul Sobol et le baron Paul Halter, par ailleurs président de la Fondation Auschwitz.

Lors de ce moment unique et solennel, ce dernier s’est directement adressé aux jeunes : "De Belgique, quelque 25 000 personnes ont été déportées. Le plus jeune avait 35 jours, le plus vieux 93 ans. Seuls 12 000 sont revenus. Vous êtes ici 1 000. Si vous aviez été déportés à Auschwitz, il n’y en aurait eu que 48 d’entre vous à revenir en Belgique".

Et de poursuivre : "Cela fait 67 ans que je suis un rescapé de cet enfer et je n’arrive toujours pas à comprendre comment cela a été possible. A vous, jeunes, je vous passe le relais pour que cela ne se reproduise plus jamais". Un message fort que les jeunes, toutes nationalités confondues, ont accueilli avec respect et dignité.

Sur le monument aux morts, chacun des 1 000 adolescents est ainsi venu déposer une rose, symbole de paix et d’espérance. Le Roi, qui soutient ce projet de mémoire, le gouvernement fédéral ainsi que les différentes entités organisatrices ont également fait déposer des gerbes de fleurs à cet endroit.

"Le sol où nous posons les pieds est fait de leurs cendres, de leurs souffrances et de leurs souvenirs", s’est ainsi exprimé le Premier ministre Di Rupo. "Certes le Troisième Reich s’est terminé en 1945, et ni Hitler, ni le nazisme ne reviendront pour nous persécuter. Mais la barbarie, elle, ne meurt jamais. Elle se transforme et se métamorphose. Elle se trouve de nouvelles victimes et de nouveaux bourreaux. Elle développe de nouveaux discours. C’est une illusion de penser que nous sommes définitivement libérés de ce danger", a-t-il poursuivi.

Avant de s’adresser lui aussi aux jeunes : "Vous avez l’avenir devant vous. Et j’en appelle à ce qu’il y a de meilleur en vous. J’en appelle aux plus belles valeurs : à la liberté, à la solidarité, à la tolérance, au respect de chacun. N’écoutez jamais ceux qui crient leur haine, ceux qui désignent des groupes humains détestés, ceux qui prétendent détenir la vérité".

Et le Premier de clôturer : "Nous plaçons en vous, jeunes, énormément d’espoir. Dans ce lieu qui représente la haine fanatique, vous représentez l’avenir fraternel et pacifique". Un discours qui s’est précédé quelques heures plus tôt par la visite du site d’Auschwitz I, un moment privilégié entre le Premier, les rescapés et une vingtaine d’élèves issus des dix provinces du pays.

Tous rassemblés pour constater les conséquences de l’atrocité humaine et pour faire en sorte que plus jamais cela ne se reproduise.