"Gêne" . Cela fait 27 ans qu’Aziza habite en Belgique. Des éclairs traversent ses yeux sombres quand elle se souvient d’une première visite dans une administration communale de Flandre. "On m’a renvoyée comme un chien." Elle s’est ensuite installée dans une commune bruxelloise. Le CPAS l’a priée de trouver du travail. Mais elle ne savait ni lire ni écrire. "Je ne savais rien faire, à part le nettoyage." Un patron accepte de la rencontrer et lui met un contrat sous le nez. "J’avais une gêne. Je lui ai demandé si je pouvais le ramener chez moi pour le lire à l’aise." Non, il fallait signer illico. "J’ai travaillé pour lui 12 ans, jour et nuit. Jamais je n’ai su qu’il existait des syndicats. Pour moi, ce sont 12 ans perdus dans l’eau, qui n’ont pas compté dans ma vie."

Aziza se présente un jour dans une école, où elle tente de suivre des cours : sécurité, gestion du budget, social "Je ne comprenais rien. Il fallait que je fasse le pas pour apprendre à lire et à écrire." Depuis 3 ans, la jeune femme qui porte le voile suit des cours d’alphabétisation. "Maintenant, je sais lire et écrire, mais pas vraiment, vraiment", sourit-elle. Mais elle a découvert l’autonomie et donc la liberté. "Avant, pour aller à la banque, pour remplir des papiers, il fallait chaque fois que quelqu’un m’accompagne. J’en avais marre de cette vie. Je recommande à toutes les femmes enfermées chez elles de faire la même chose." An. H.