Ce matin, les parties ont eu quinze minutes chacune pour présenter leurs répliques.

Le dernier mot de l'accusé, c'est toujours un moment fort, intense. En prenant la parole, jeudi à 10h30, Bernard Wesphael a craqué, laissant affleurer l'émotion contenue depuis trois semaines, depuis près de 3 ans, quand il a été arrêté, soupçonné d'avoir tué sa femme, Véronique Pirotton, dans la chambre 602 de l'hôtel Mondo à Ostende .

"Je voulais dire que j'aimais profondément Véronique. J'aurais véritablement tout fait pour elle, pour essayer de la sauver", dit-il, la voix entrecoupée de sanglots. "A partir de maintenant, je dois vivre avec deux idées. Elle n'est plus là et je le regrette tous les jours. Il n'y a pas un seul jour, pas un seul, où je n'ai pensé à elle avec une boule dans l'estomac".

Sa voix s'altère encore. "Mais le plus insupportable, c'est la souffrance de Victor. J'ai aimé ce garçon comme si c'était le mien. Je sais qu'il est dans une souffrance insupportable."

Il se tourne vers la famille Pirotton : "Je comprends complètement votre souffrance même si vous ne m'avez pas laissé beaucoup de chances".

Bernard Wesphael a encore un mot pour ses juges : "Je suis un homme plein de défauts, sans aucun doute. Mais il y en a un que je n'ai pas : le non-respect de l'autre et la violence." "Sur mon âme et en conscience, je peux vous affirmer que je n'ai pas touché à mon épouse, ni de près, ni de loin."

Il pleure: "Si j'avais donné des coups à Véronique, je l'aurais dit, notamment à ma fille, je l'aurais assumé et j'aurais demandé à mes avocats de plaider autre chose que mon acquittement".

S'il a défendu son innocence, ce n'est pas pour son image ou son orgueil, mais parce qu'il ne pouvait rien faire d'autre, poursuit-il. "Pourquoi aurais-je pris un tel risque ?"

Il termine: "Voilà ce que je voulais dire en toute sincérité, en toute vérité. J'ai ma conscience avec moi. Tout cela est un terrible gâchis. Beaucoup de gens vont continuer à souffrir". Il pleure encore. "Je vous demande de croire à la possibilité d'une reconstruction pour tout le monde."


La Défense : "Je vous remets la vie de Bernard Wesphael"

Mes Mayence et Bauwens, avocats de Bernard Wesphael, ont livré leurs répliques jeudi matin devant la cour d'assises du Hainaut, après celles des parties civiles et de l'avocat général. Ils soutiennent qu'aucune des parties n'a pu affirmer que la victime n'a pas pu mourir d'une intoxication alcoolo-médicamenteuse. L'avocat général a conclu jeudi matin qu'une synergie entre les différents médicaments était impossible dans ce cas-ci. Me Bauwens a lu, lors de sa réplique, un passage du répertoire général des médicaments, tenu à jour par le SPF Santé publique, au sujet des benzodiazépines. "Une issue fatale n'est généralement pas à craindre, sauf en cas d'absorption simultanée d'alcool ou de médicaments ou d'une pathologie sous-jacente. Tous les documents officiels disent la même chose: on ne peut pas mélanger les deux parce que c'est mortel, surtout si des benzodiazépines sont en dose toxique. POINT." "Oublions toutes les expertises toxicologiques, lisez et rappelez-vous la déclaration de Victor. Maman, alcool, médicaments: ça ne va pas. Même un gamin de 14 ans dit qu'elle ne gère pas. Il n'est pas pharmacien, il a vécu ça. Le 1er novembre, c'est lui qui parle le premier de la thèse de la combinaison alcool-médicaments et de la synergie entre les médicaments."

De plus, poursuit Me Mayence, on a retrouvé du Baclofène dans la trousse de toilette de la victime. Cette substance entraîne de graves problèmes respiratoires et peut être létale avec de l'alcool. "A-t-on recherché ça dans son sang ? Non." "J'ai entendu tout le monde, et aucun de mes trois contradicteurs ici n'a pu me dire exactement que la victime n'a pas pu mourir d'une intoxication alcoolo-médicamenteuse. Mais c'est fini mesdames et messieurs ! La possibilité existe, retenez ça comme élément majeur."

La défense a encore rappelé le fait que seules des traces de mascara et de salive de la victime ont été trouvées sur le sachet en plastique, ce qui, selon les conseils de l'accusé, ne colle pas aux scénarios des parties civiles et de la défense. "On ne trouve pas de traces de Bernard Wesphael sur ce sachet et là, je n'entends rien comme explication", souligne Me Bauwens. Dans les deux scénarios présentés mardi, la victime est morte étouffée. "Dans son rapport, l'INCC indique qu'on n'explique pas l'étouffement avec le coussin parce qu'on n'a pas la preuve !, poursuit-il. "On ne retrouve pas assez de fibres dans la bouche et dans les voies respiratoire. J'aurais voulu qu'on m'explique ce matin comment on arrive à ce scénario, et on ne l'a pas fait."

Me Mayence est encore revenu sur la blessure à la main gauche de l'accusé le soir des faits, qui saignait selon le réceptionniste. "Le réceptionniste avait aussi été interrogé à 23h45, quand monsieur Wesphael n'est pas encore arrêté. Et qu'est ce qu'il dit ? 'J'ai remarqué une égratignure à sa main gauche'. C'est tout!"

"Je vous remets la vie de Bernard Wesphael", a-t-il indiqué aux jurés. "Je vous demande de répondre non à la question qui vous est posée."

Le dernier mot a ensuite été laissé à l'accusé.


Les 12 arguments de la défense

La réponse des avocats de Bernard Wesphael aux 13 points qui, selon les parties civiles, prouvent l’homicide.

1. Véronique Pirotton n’a pas été traînée sur le tapis . C’était la thèse déployée par l’accusation. "Le tapis a été vérifié. Quand on traîne un corps sur un tapis, ça doit laisser des traces et on n’en a aucune" , pointe Me Tom Bauwens.

2. La trace de fond de teint sur l’armoire, à 20 cm du sol. Pour l’avocat général, c’est la preuve que le corps a été bougé à cet endroit et que la tête de la victime a cogné. Pour la défense, on aurait alors dû avoir un hématome sur le visage mais il n’en est rien.

3. Pas de lutte sur le lit . Me Bauwens estime que "si Véronique Pirotton s’est débattue, il devrait y avoir d’autres marques sur le corps de M. Wesphael" .

4. Pas de fibres textiles de la victime sur les vêtements de l’auteur. Ce sont les résultats des experts de l’INCC. Me Bauwens : "Il n’y a pas de fibres du tapis ou de la chemise de Bernard Wesphael sur le t-shirt de Véronique Pirotton" .

5. Le désordre dans la chambre . Alain Lescrenier avait parlé du désordre, mais la défense pense qu’il n’en est rien. "À ce moment-là, si on prend des photos dans ma chambre d’hôtel, on parle d’une scène de guerre" , ironise l’avocat.

6. Les blessures au crâne de Véronique Pirotton. Pour la défense, elles ne peuvent avoir été faites sur un matelas.

7. L’oreiller. Pour Me Bauwens, sa forme rebondie est incompatible avec celle d’un oreiller qui viendrait d’être appliqué sur la tête de quelqu’un.

8. Le sac plastique. "Pourquoi pas de fibres de l’oreiller sur le sac ?", questionne Me Bauwens.

9. L’ADN . Il n’y a que le mascara, le fond de teint et la salive de la victime, retrouvés sur un seul côté. Pas possible donc que Bernard Wesphael l’ait utilisé pour l’étouffer, comme l’imaginait la partie civile, pense la défense.

10. La crédibilité des témoignages . Les voisins de la chambre 502 ont entendu des bruits venant de la chambre 602, la veille des faits, à une heure où le couple Wesphael-Pirotton était absent.

11. Les empreintes dentaires . Celles retrouvées dans la bouche de la victime, justifiant un étouffement, selon l’accusation. Elles ne correspondent pas, pense Me Bauwens.

12. L’étouffement par l’oreiller pas prouvé. Si l’INCC a démontré que l’oreiller gauche avait été appliqué de manière forte et prolongée sur le visage de Véronique Pirotton, le nombre de fibres trouvées sur sa langue et dans sa gorge est insuffisant pour prouver qu’il est la cause de la mort.


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