Tous ceux qui l’ont connue s’accordent sur son rayonnement exceptionnel. Née en 1920, Betty le Hodey fait partie de cette génération qui a reconstruit le pays au lendemain de la guerre. 

Avec son époux Philippe le Hodey, ils formaient un couple très uni, se trouvant attachés aux mêmes idéaux. Philippe, son époux, les poursuivit aussi bien dans sa vie professionnelle et politique que dans l’animation du mouvement des scouts catholiques, où il assuma des responsabilités nationales, tandis que Betty, son épouse, déploya tous ses talents dans l’animation du mouvement des guides catholiques de Belgique où, comme commissaire générale et plus tard comme présidente du conseil d’administration, elle n’hésita pas à engager le mouvement à se doter des moyens pour son action, en achetant son QG rue Paul Emile Janson à Ixelles et ensuite le domaine de Mozet comme centre de formation. 

L’un et l’autre voyaient en effet dans les mouvements de jeunesse une formidable dynamique pour former et épanouir les jeunes générations. Au décès de son mari, en 1966, Betty se retrouve seule à 46 ans, à la tête de sa famille de sept enfants, et elle décide de mener de front tant sa vie familiale que ses responsabilités professionnelles et politiques. 

Elle continue en effet l’engagement politique de son époux qui avait été député et puis sénateur, et, soutenue par les grands mouvements associatifs, elle fonde au sein du PSC (Parti Social Chrétien) la section des femmes dont elle sera la première présidente. C’est l’époque des grands combats pour l’égalité des droits entre les hommes et les femmes avec la campagne "Votez femme" qu’elle initia, l’objectif étant de promouvoir l’accession des femmes au Parlement. 

C’est dans ce cadre qu’elle fut aussi administrateur de la RTBF. Issue d’une famille d’industriels, les Coppée, elle était aussi active dans le monde des entreprises en participant notamment à plusieurs conseils d’administration, dont elle fut chaque fois la première femme administrateur, tant dans le Groupe Coppée qu’à la Banque Bruxelles-Lambert et au groupe cimentier français Lafarge. 

Dans les années 1984/85, ses enfants décidèrent d’investir dans le Groupe d’édition IPM (La Libre Belgique – La DH) pour le restructurer et le développer et dans ce contexte, elle s’est toujours intéressée aux différents journaux et magazines du Groupe. 

Mais le plus marquant dans la vie de Betty le Hodey, c’est sa personnalité. Dans un article paru dans le magazine Essentielle, elle exprimait en ces mots l’importance de la relation avec les autres : « J’aime le mot regard, quand j’ai rencontré mon époux, en pleine guerre, il y eut d’abord entre nous, un échange de regards. Nous n’avons pas eu besoin de plus pour nous comprendre. Nous nous sommes parlés à cet instant, d’une âme à l’autre. Un amour profond s’est ensuite construit entre moi et cet homme d’une tendresse remarquable. Tout au long de ma vie, cette question du regard –celui que vous posez sur l’autre, celui que l’autre vous renvoie – est restée fondamentale. Le regard vous dit si quelqu’un peut aimer. Le regard vous raconte les détresses et les bonheurs, la solidarité ou la solitude. Le regard est la fenêtre sur l’âme ». 


Pour Betty, la vie était une aventure terrestre et spirituelle, les deux étant intimement liés. Elle trouvait dans la religion catholique une source prodigieuse d’enseignements et elle souhaitait contribuer à une connaissance plus vive et authentique de ce message. En 2007, le Roi Albert II lui conféra le titre de Baronne en reconnaissance pour toute son action. A 93 ans, cette grande dame est partie comme elle a vécu, toujours attentive aux autres, remplie de projets, et portant un regard confiant sur la dimension éternelle de chaque vie.