C eux qui ont crié victoire du côté francophone se sont trompés. L'échec d'une négociation, ce n'est jamais bon, ni pour les uns ni pour les autres.»

D'entrée de jeu, Philippe Moureaux, le président de la fédération bruxelloise du PS, donne le ton. Un jour, le problème de la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde ressortira du frigo et ce jour-là, les deux communautés se cramponneront probablement plus que jamais à leurs positions.

«Il faut éviter de couper les voies du dialogue pour ne pas se retrouver à des lieues les uns des autres», ajoute-t-il.

D'où le choix de l'invité du jour, Johan Vande Lanotte, vice-Premier, acteur clef de toutes les négociations du printemps dernier, probable futur président du parti frère, le SP.A, et enfin, «Flamand de la Flandre profonde, et non de Bruxelles».

Pour M. Vande Lanotte, «BHV, c'est un problème qu'on n'a jamais pu résoudre en 25 ans. Mais en réalité, on n'en avait jamais discuté en profondeur, sauf lors de l'élaboration du pacte d'Egmont. Si c'était à refaire, on voterait probablement ce pacte».

Pour ce qui est de la dernière négociation, il estime qu'en discutant du problème isolément, on avait peu de chances d'aboutir. Pour que tout le monde ait une chance de se sentir gagnant à l'arrivée, il faut regrouper plusieurs dossiers.

Et puis, il y a la charge symbolique de BHV: «La territorialité est un principe auquel les Flamands tiennent énormément.» Pour lui, on est passé très près d'un accord en mai dernier: «Nous étions prêts à refinancer Bruxelles et à y faire un effort sur les règles de bilinguisme. Mais quand les Francophones ont voulu un droit d'initiative dans les communes à facilités, tout a capoté.»

Réactions de quelques élus bruxellois. «Pour nous, le territoire, ce n'est pas lié à la culture et à la langue. Bruxelles, c'est aussi l'arabe, le turc ou le lingala!», lance Anne-Sylvie Mouzon, présidente du CPAS de St-Josse.Et pour le député bruxellois Rachid Madrane, «si on demande un assouplissement sur le bilinguisme, ce n'est pas par mépris pour le néerlandais. C'est parce que pour beaucoup d'immigrés, apprendre le néerlandais, c'est apprendre une troisième langue, et cela leur fait encore une discrimination de plus.»

M. Vande Lanotte répète que pour lui, le bilinguisme obligatoire dans la capitale n'est pas une question taboue mais ajoute aussitôt: «Quand un Bruxellois décide de venir s'installer dans la périphérie, je ne vois pas de nécessité sociale.»

Bruxelles et ses limites

La périphérie, justement. Difficile de ne pas revenir sur les dérapages verbaux de M. Vande Lanotte sur les rupins supposés l'habiter. Pour cet élu de Rhode-St-Genèse, «les mesures anti-francophones sont très souvent antisociales: elles concernent l'emploi, l'accès aux logements sociaux, les nominations d'enseignants...»«Et, comble des combles, elles sont souvent le fait de ministres SP.A», surenchérit un échevin de Wemmel.

M. Vande Lanotte le concède: «Il y a des mesures qui ne sont pas sociales, c'est vrai. C'est assez inimaginable qu'on exige un diplôme en néerlandais pour donner cours en français.»

Mais pour lui, la question clef, c'est plutôt celle des transferts: «En Flandre, nous sommes confrontés avec une extrême droite plus sociale que nous. Tous les pauvres doivent avoir le double. Et qui va payer? Les Wallons bien sûr. Il n'y a plus que les socialistes et les Verts pour défendre une solidarité nationale.»

Vient alors la question incontournable des limites de Bruxelles, mais pour M. Vande Lanotte, les frontières ne changeront plus: «Rien qu'aborder cette question dans le confessionnal, c'était déjà inacceptable pour beaucoup.»

Conclusions par Philippe Moureaux, dans le rôle du sage:

«Nous devons arrêter, comme francophones, de remettre en question le principe de territorialité. Mais ce qui est gênant, c'est la vision dogmatique de la territorialité. Quand on passe son temps à raboter les facilités, on n'est plus dans le rationnel.»

© La Libre Belgique 2005