Les autorités belges et plusieurs hauts représentants des pays voisins ont commémoré solennellement jeudi matin, dans un esprit d'unité, de paix et de réconciliation, le bicentenaire de la bataille de Waterloo, l'un des moments-clés de l'histoire moderne européenne, ainsi que pour la Belgique. Organisée au pied de la butte du Lion sous un timide rayon de soleil, cette cérémonie protocolaire a rassemblé autour du roi Philippe et de la reine Mathilde les représentants des pays limitrophes, ainsi que les descendants des chefs d'armées de l'époque.

"Plus qu'une bataille, c'est une réconciliation que je veux célébrer aujourd'hui", a dit le Premier ministre Charles Michel dans un discours en français, néerlandais et anglais.

"Waterloo illustre ce processus par lequel des forces ennemies s'affrontent avec acharnement et vont engendrer un choc tragique. Et c'est ce choc, si violent, qui rendra possible, plus tard, une unité plus vaste et une harmonie plus solide. Cette réalité, c'est le projet européen", a-t-il ajouté.

Dans le parterre d'invités figuraient notamment le roi et la reine des Pays-Bas, les grands-ducs du Luxembourg, le prince Edward, cousin de la reine d'Angleterre et lieutenant-colonel des Royal Scotts Grey, une unité de cavalerie qui s'est distinguée dans la plaine brabançonne le 18 juin 1815.

La France, vaincue à Waterloo, et l'Allemagne, héritière de la Prusse qui a joué un rôle décisif dans la bataille, n'étaient toutefois représentés jeudi que par leurs ambassadeurs respectifs en Belgique.

Invité à s'exprimer, le Néerlandais Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne, a lui aussi lancé un message de paix et d'unité en Europe. "Rapprocher les peuples d'Europe est notre destinée", a-t-il insisté.

Après le dépôt d'une gerbe de fleurs et une minute de silence en mémoire des quelque 15.000 hommes morts à Waterloo, les descendants du duc de Wellington, du maréchal Blücher de Napoléon ont échangé une poignée de mains symbolique, sous les applaudissements du public.

De manière sobre mais créative, quatre longues bandes de tissus de couleur bleue, noire, orange et rouge, symbolisant les quatre principaux pays belligérants de 1815, ont été déployées du sommet vers la base à la butte du Lion.

Quinze coups de canon ont ensuite retentis dans le ciel brabançon, avant que la fanfare militaire ne joue l'hymne européen.

Cette cérémonie protocolaire marque le coup d'envoi officiel des commémorations du bicentenaire de la bataille de Waterloo qui s'étendront jusque dimanche.

Jeudi soir, un spectacle sons et lumières, baptisé "Inferno", sera donné dans un champ voisin de la butte, avant les très attendues reconstitutions de la bataille prévues vendredi et samedi soir devant quelque 120.000 spectateurs au total, dont plusieurs dizaines milliers venus de l'étranger.

Quelque 5.000 reconstitueurs en uniforme d'époque, accompagnés par 360 chevaux et une centaine de canons, rejoueront l'illustre bataille, ce qui en fera la plus grande reconstitution de l'époque napoléonienne.



Le bicentenaire de Waterloo célébré sans les dirigeants français et allemand

Si Edward, duc de Kent et cousin d'Elizabeth II, représentait la reine d'Angleterre et le commissaire Frans Timmermans l'Union européenne, le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel étaient en revanche représentés par leurs ambassadeurs respectifs.

"On nous reproche, j'entendais cela ce matin, de ne pas y être, le Président de la République et moi" pour "pleurer de nos larmes ce moment redoutable que vécut notre pays", a ironisé jeudi le Premier ministre français, Manuel Valls, au détour d'un discours consacré au numérique à Paris.

"Evitons Waterloo!", a-t-il plaisanté au sujet de ses propositions en matière d'Internet, preuve que le nom de la petite ville située au sud de Bruxelles reste surtout synonyme de défaite en France.

"L'histoire est derrière nous. Et puis, ce n'est pas comme une victoire", a reconnu jeudi le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. M. Hollande doit présider ce jeudi une cérémonie en mémoire du célèbre appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, a-t-il fait valoir.

Paris n'avait pas apprécié il y a quelques mois que la Belgique décide de frapper une pièce commémorative de la bataille.

"Nous n'avons pas de difficulté à partager la même conviction. Les bienfaits de la paix sont plus créatifs que la guerre", ont en revanche affirmé dans une déclaration commune les quatre descendants des chefs d'armées de l'époque.

Le roi des Pays-Bas Willem-Alexander, dont l'ancêtre le prince d'Orange a été blessé à Waterloo, Arthur Wellesley, fils du 9e duc de Wellington, le prince Nikolaus Blücher von Wahlstatt, dont l'aïeul commandait les troupes prussiennes, et le prince Jean-Christophe Napoléon Bonaparte, actuel prétendant au titre impérial, ont déposé, sous un boulet de canon quatre rubans rappelant les étendards de 1815 (orange, rouge, noir et bleu). Ils ont ensuite posé leurs mains sur le projectile, en signe d'union, sous le regard du roi des Belges Philippe.