En novembre dernier, le politologue Hassan Bousetta, professeur à l’université de Liège, prédisait dans "La Libre" une inévitable montée de l’extrême droite, en raison du contexte lié aux attentats islamistes. Il ajoutait que le climat politique était appelé, dans les mois et les années à venir, à prendre une tournure extrêmement conflictuelle. "Ce sera un débat très, très dur. Ceux qui pensaient que l’opposition gauche-droite appartenait au passé en sont pour leurs frais. Celle-ci va revivre sur les questions liées au Moyen-Orient et à leurs conséquences sur nos sociétés."

Les attentats de Bruxelles, mardi 22 mars, devraient servir de puissant accélérateur à une tendance amorcée il y a plusieurs semaines déjà. Loin de perdurer, la fragile union nationale constatée dans les heures qui ont suivi le drame n’a même pas tenu trois jours.

Le président de la N-VA, Bart De Wever, a dénoncé le "laxisme" de l’ex-bourgmestre de Molenbeek, Philippe Moureaux (PS), et de l’ancienne ministre de l’Intérieur, Joëlle Milquet (CDH). Mais à la Chambre, vendredi, l’opposition socialiste, centriste et écologiste n’a guère été plus tendre vis-à-vis des deux membres du gouvernement fédéral exposés aux critiques, les ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA), et de la Justice, Koen Geens (CD&V). Dimanche, ce sont les chefs de groupe MR et PS, Denis Ducarme et Laurette Onkelinx, qui se sont accrochés sur RTL-TVI, le premier attribuant au PS une responsabilité dans le départ de djihadistes belges vers la Syrie.

Ces altercations ne sont peut-être que le prélude d’un ample embrasement politique. Sur plusieurs questions, les attentats de Bruxelles risquent en effet de tendre le débat, voire d’en bouleverser les contours.

1. Des juges trop gentils ? Khalid El Bakraoui, le kamikaze de la station Maelbeek, avait bénéficié d’une libération conditionnelle en 2013, deux ans après avoir tiré à la kalachnikov sur des policiers. Dans "L’Echo", Bart De Wever a fustigé la "naïveté confondante" de certains juges, qui auraient "une vision trop optimiste de la nature humaine".

2. Quel rapport avec l’islam ? Deux écoles s’opposent. La première considère que les attentats de Daech posent un problème de sécurité, et de sécurité uniquement. La seconde juge que la question ne peut être déconnectée de deux autres thèmes : l’intégration des personnes issues de l’immigration et l’influence d’un certain islam rigoriste. La première thèse est plutôt de gauche, la seconde plutôt de droite. Mais des exceptions existent. "Y a-t-il une frontière entre le wahhab isme de piété et un islamisme de combat ? Dans les deux cas, c’est un discours qui déshumanise l’autre", déclarait en janvier le socialiste Rudi Vervoort, ministre-Président bruxellois.

3. La sécurité à quel prix ? Renforcer la présence militaire en rue, autoriser les contrôles au faciès, systématiser les portiques à l’entrée des gares… Ces mesures inquiètent les défenseurs des droits de l’homme. Elles pourraient néanmoins s’imposer.

4. Fusionner les zones de police ? Pour de nombreux analystes, surtout étrangers, le millefeuille institutionnel belge complique la lutte antiterroriste. La division de Bruxelles en six zones de police suscite l’incompréhension. Mais les partis francophones restent réticents à avancer sur ce terrain-là.

5. Intervenir en Syrie ? Six F-16 belges ont opéré dans le ciel irakien de septembre 2014 à juin 2015. Avec pour objectif de bombarder les positions djihadistes. Leur prochaine mission débutera le 1er juillet. Sera-t-elle étendue à la Syrie ? Certains redoutent, si c’est le cas, que la Belgique soit encore davantage désignée comme cible par Daech.

6. Accueillir plus ou moins de réfugiés ? La crise de l’asile alimente, depuis plusieurs mois, un débat politique parfois houleux. Mais les informations selon lesquelles plusieurs terroristes se sont mêlés aux migrants pour gagner l’Europe risquent de rendre les échanges plus tendus encore.