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C'est bien un crime raciste

J.-C.M / Belga

Publié le - Mis à jour le

16H35: Le jeune homme de 18 ans qui a tué deux personnes jeudi à Anvers et en a blessé une troisième a reconnu qu'il avait agi consciemment contre des personnes d'origine étrangère, a indiqué le parquet d'Anvers.

Hans Van Themsche a été entendu vendredi matin à l'hôpital où il a été soigné. Dans la foulée de son audition, il a été placé sous mandat d'arrêt pour assassinats et tentative d'assassinat. Il passera mardi en chambre du conseil.


Le directeur de l'internat de Roulers dans lequel le jeune meurtrier d'une femme africaine et d'une enfant de 2 ans était scolarisé a dressé vendredi un portrait contrasté de l'étudiant, le qualifiant de courtois, mais indiquant également qu'il allait être exclu de l'internat de l'école pour avoir fumé mardi dans sa chambre.

Hans Van Themsche, le jeune homme de 18 ans qui a abattu trois personnes jeudi en rue à Anvers, en tuant deux, est interne à l'Institut libre de techniques agricoles et biologiques de Roulers, où il suit la filière de techniques de soins aux animaux.

Il se trouve dans cette école depuis 2003. Son directeur, Luc Deprez, l'a décrit vendredi au cours d'une conférence de presse comme "un élève intelligent, sans problèmes scolaires".

"Avec deux autres élèves, il avait été élu pour siéger au conseil de l'école. Il était aussi membre du collège de cogestion de la communauté d'écoles Sint-Michiel à Roulers. Dans notre école, il était considéré comme civil et courtois. Il n'y a jamais eu un seul conflit grave avec lui", a indiqué Luc Deprez.

Le directeur a aussi décrit le physique du jeune homme, que d'aucuns ont associé à celui des skinheads. "Bien sûr, il portait une veste noire, mais ce n'est pas exceptionnel. Il coiffait toujours ses cheveux longs en queue de cheval", a commenté le directeur. Hans Van Themsche devait être exclu de l'internat, selon la direction. "Mardi soir, un surveillant l'a surpris à fumer dans sa chambre. Le règlement de l'école est clair à ce sujet: interdiction de fumer, à cause des risques d'incendie. Nous hébergeons 120 internes, et on ne peut courir le moindre risque. La sanction aussi est connue de tous: le renvoi de l'internat."

Luc Deprez souligne qu'en de tels cas, un contact est pris avec les parents pour trouver un autre logement à Roulers, afin que l'élève puisse poursuivre les cours à l'institut.

"Hans savait qu'il allait être renvoyé de l'internat. Nous devions le lui annoncer ce vendredi. Nous n'avions pas l'impression que cela lui posait problème. Quand il a été surpris mardi soir, il a réagi avec résignation", affirme Luc Deprez.

Le jeune homme avait laissé une lettre sur son lit. "Nous l'avons trouvée jeudi midi, avant d'apprendre ce qui s'est passé à Anvers", dit M. Deprez. "Cette lettre était déconcertante. Elle est rédigée en deux parties. La première est écrite proprement, la seconde est griffonnée. Hans y parle du paradis, dit qu'il n'existe pas et il remercie ses parents pour ce qu'ils ont fait pour lui", indique le directeur. "Il marque aussi que ses trois plus jeunes frères se sentiraient sans doute mieux s'il n'était plus là. L'incident de la cigarette est évoqué, mais il ne reproche rien à l'école", affirme Luc Deprez, ajoutant que rien dans la lettre n'évoque l'extrême droite.

Les compagnons de classe du jeune homme ont été pris en charge par le service d'assistance aux victimes de la police locale. Les 600 autres élèves de l'institut ont discuté des événements avec leurs professeurs. Verhofstadt veut accélérer la nouvelle loi sur les armes

Après les meurtres d'Anvers, le gouvernement a demandé au président de la Chambre Herman De Croo et à la présidente de la Commission de la Justice de la Chambre, Martine Taelman, d'accélérer l'examen du projet de loi sur les armes.

Ce projet a été adopté une première fois par le Conseil des ministres le 4 mars 2005. Il a fait l'objet d'une concertation avec les représentants des milieux concernés et a été soumis par deux fois au Conseil d'Etat. Il a finalement été déposé à la Chambre où la discussion du texte a commencé mercredi passé. On a alors décidé d'organiser des auditions. Elle sont programmées pour le mercredi 24 mai. Le projet s'inscrit dans l'esprit d'une directive européenne et vise à mieux contrôler le marché des armes et à diminuer le nombre d'armes en circulation.

Il supprime le régime d'acquisition d'armes à feu sur simple déclaration de l'acheteur et améliore la traçabilité des armes et de leur détenteur. Le projet crée aussi un numéro national d'identification pour toutes les armes fabriquées en Belgique ou importées. Enfin, il vise à harmoniser les procédures d'autorisation de port d'arme et réglemente l'accès à la profession d'armurier.

Lors de l'exposé introductif qu'elle a fait en Commission, la ministre de la Justice Laurette Onkelinx a rappelé que dans la déclaration gouvernementale de juillet 2003, le gouvernement s'est fixé comme objectif de revoir la loi de 1933 sur les armes en vue de réduire la possession privée d'armes et de tenir compte de la Directive européenne du 18 juin 1991 relative au contrôle de l'acquisition et de la détention d'armes à feu. Sous la précédente législature, le ministre Verwilghen avait déjà tenté de réformer la loi. Le projet n'avait pas abouti.

Rappel des faits de jeudi

Scène de western dans le centre d'Anvers jeudi, en fin de matinée. Une passante africaine et la fillette de deux ans dont elle avait la garde sont mortes en pleine rue et une femme d'origine turque, âgée de 46 ans, a été grièvement blessée après avoir été prise pour cible par un tireur fou, lourdement armé, lui-même abattu par un policier en civil.

Ce jeune homme de 18 ans, hospitalisé et qui n'avait pu être entendu jeudi soir, avait, d'après divers témoins, le «look» d'un skinhead (grosses bottines de cuir noir, vêtements sombres, cheveux longs sur le sommet du crâne mais rasés sur le côté) et on a retrouvé sur lui des documents prouvant ses sympathies pour l'extrême droite. Par ailleurs, il serait le neveu de la députée Frieda Van Themshe (Vlaams Belang).

Gros calibre

Jeudi matin, Kleine Godddaard, une rue proche de la Grand-Place, à Anvers. Le temps printanier incite à la promenade, au farniente, à l'insouciance. Assise tranquillement sur un banc, une femme d'origine turque profite du soleil pour lire un roman.

D'après plusieurs témoins, un jeune homme vêtu de noir s'est approché d'elle et a tiré dans sa direction, à l'aide d'une arme de gros calibre, achetée le matin même.

Sa victime s'est affalée, grièvement touchée au thorax. Ses jours ne sont heureusement pas en danger.

Le jeune homme s'est éloigné d'un pas tranquille en direction de la Zwartzusstraat, toute proche. Deux amis discutaient paisiblement quand ils l'ont vu accoster une dame d'orgine malienne, qui tenait une petite fille blanche par la main.

Abattu à son tour

Le jeune skinhead a tiré sur la dame puis sur l'enfant. «Sans raison aucune», affirme le témoin.Toutes deux sont mortes sur place. «Après avoir abattu ses deux victimes, le jeune homme s'est dirigé calmement dans notre direction. Mon ami et moi nous sommes mis à couvert car nous pensions qu'il allait pointer son arme dans notre direction.»

Au contraire, le skinhead s'est perdu dans les rues avoisinant la Grand-Place. L'alerte avait entre-temps été donnée et il a été localisé par un policier en civil, qui se trouvait par hasard dans le quartier et avait entendu des riverains parler d'un homme armé tirant sur tout ce qui bougeait.

Le policier a demandé à trois reprises au jeune homme de poser son arme et de lever les mains mais le tireur a refusé d'obtempérer et a amorcé un mouvement brusque qui a entraîné le tir du policier. Lequel a touché sa cible au ventre.

Grièvement touché, le tireur a été hospitalisé. Ses jours ne sont pas en danger mais il n'était pas en état d'être interrogé jeudi soir. Dès que cela sera possible, il sera entendu par un juge d'instruction.

Des signes édifiants

Le parquet a pu établir qu'il ne présentait aucun lien quelconque avec ses victimes mais on a retrouvé sur lui divers papiers montrant qu'il était sympathisant de l'extrême droite.

"L'auteur avait des marques distinctives des skinheads. Il était porteur de signes faisant référence à l'extrême droite», a expliqué la porte-parole du parquet d'Anvers, Dominique Reyniers, sans vouloir détailler ces signes. Il a fêté son 18 éme anniversaire en février, habite Anvers et n'était pas connu de la justice.

Jeudi, en fin d'après-midi, tout le quartier était encore bouclé et les enquêteurs s'affairaient par dizaines aux abords de la Grand-Place.

Dans le quartier, les réactions étaient de nature diverse: beaucoup parlaient d'une situation ordinairement calme mais d'autres, des étrangers surtout, évoquaient la présence de skinheads agressifs dans le coin ou préféraient ne pas témoigner, en manifestant leur peur de représailles.


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