Cinq litres d'eau de javel, quinze litres d'acétone et douze litres de peroxyde d'hydrogène avaient été découverts dans l'appartement de la rue de la Colline à Verviers le 15 janvier 2015. "Des quantités non négligeables mais pas énormes", selon l'enquête. C'est ce qu'a rappelé le président de la 70e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles, lundi matin. Seize personnes sont prévenues devant cette chambre pour participation aux activités d'un groupe terroriste, et certaines pour avoir tenté de commettre des attentats en Belgique, à Verviers, en janvier 2015. Cinq litres d'eau de javel, quinze litres d'acétone et douze litres de peroxyde d'hydrogène avaient été découverts dans l'appartement où trois terroristes présumés séjournaient.

"Il s'agit de quantités non négligeables mais pas énormes", a rappelé le président Pierre Hendrickx, lundi, lors de son rapport oral du dossier.

Mais également, ce sont trois kalachnikovs, quatre armes de poing ainsi que deux à trois cents cartouches qui avaient été découvertes. La police avait encore mis la main sur des talkies-walkies, des uniformes de la police et du matériel qui peut servir à confectionner des détonateurs.

Dans son rapport, le président de la 70e chambre a exposé qu'il avait été déterminé que des tirs étaient bien venus de l'intérieur de l'appartement vers l'extérieur. Il était apparu que 186 projectiles provenaient des armes de la police et qu'une quarantaine provenaient des armes des suspects.

Khalid Ben Larbi et Sofiane Amghar, les deux hommes qui ont été abattus par la police, avaient utilisé des kalachnikovs, semble-t-il. Le dernier suspect, Marouan El Bali, qui avait été blessé et qui comparaît lundi, est suspecté d'avoir utilisé la troisième arme, un pistolet.


Des conversations téléphoniques évoquaient une marchandise cachée

"J'ai tout", avait déclaré l'un des prévenus dans une conversation téléphonique datant de deux mois avant l'offensive policière à Verviers.

C'est cette petite phrase, captée dans une conversation téléphonique en décembre 2014, qui avait déclenché l'enquête sur la filière terroriste de Verviers. Les étapes de l'enquête ont été rappelées par le président de la 70e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles, lundi matin. Seize personnes sont prévenues dans cette affaire pour participation aux activités d'un groupe terroriste et certaines pour avoir tenté de commettre des attentats en Belgique. Le président Pierre Hendrickx a entamé l'instruction d'audience, lundi vers 10h30, après avoir laissé le temps aux avocats de discuter avec leurs clients. En effet, à la suite de la grève dans les prisons belges ces derniers jours, les avocats n'avaient pas pu rendre visite à leurs clients afin d'évoquer avec eux le procès.

Le juge a tout d'abord fait un état oralement d'un rapport du dossier, en rappelant les étapes de l'enquête.

Ainsi, il a notamment confirmé que les investigations avaient débuté le 18 novembre 2014, soit deux mois avant l'offensive policière à Verviers.

Une note de la Sûreté de l'Etat avait été envoyée au parquet fédéral et faisait mention de conversations téléphoniques inquiétantes entre un homme déjà connu pour faits de terrorisme et un second individu.

"J'ai tout", avait dit le second au premier. "Tout est caché dans un entrepôt", avait aussi déclaré un autre suspect à cet homme déjà connu de la police, puis plus tard: "je suis en possession de tout".

Ces personnes avaient ensuite été identifiées comme les prévenus Souhaib El Abdi et Mohammed Hamza Arshad mais aussi Abdelhamid Abaaoud, l'un des auteurs des attentats de Paris en novembre dernier, abattu par la police française.


Des cibles à ce jour inconnues

Quelle était la cible de la cellule terroriste ? L’enquête n’a pas permis de le déterminer.

Les deux principaux protagonistes - Khalid Ben Larbi et Sofiane Amghar - sont morts, les armes à la main dans l’assaut. Ils ne pourront pas parler. Pas plus que celui qui paraissait être le maître d’œuvre, Abdel Hamid Abaaoud. A l’issue des trois semaines que doit durer le procès, il y a peu de chances que l’on apprenne ce que visait le groupe. Un commissariat ? Un haut magistrat ou un commissaire de police qui aurait été enlevé en vue d’être décapité ? Ce sont là des pistes qui ont été évoquées mais pas étayées.

Dans l’appartement, les policiers avaient découvert trois armes de guerre de type Kalachnikov AK47, quatre armes de poing et des munitions. Des précurseurs permettant de fabriquer du TATP (peroxyde d’acétone) étaient stockés dans l’appartement. Les quantités retrouvées auraient permis de fabriquer cinq kilos d’explosifs.

Le parquet fédéral voit quatre dirigeants, hormis Abaaoud et les deux hommes tués à Verviers : Billel Houhoud, Souhaib El Abdi qui, le premier avait attiré l’attention de la Sûreté de l’Etat, Mohammed Hamza Arshad qui est allé chercher Khalid Ben Larbi et Sofiane Amghar en Allemagne et en France et Marouan El Bali, qui sortira indemne de l’assaut.

Ce dernier est aussi poursuivi pour tentative de meurtre, pour avoir fait feu sur les Unités spéciales. Ce que son avocat, Me Sébastien Courtoy, compte contester. Il avait déjà, lors de l’audience introductive du 15 avril, réclamé que les images de l’assaut soient jointes au dossier. "On sait que quatre caméras ont filmé la scène de l’assaut et que les policiers des Unités spéciales sont munis de caméras portables GoPro" , avait-il relevé. Ce à quoi le procureur fédéral avait répété que ni lui ni le tribunal n’avaient les images.

Des amis de Molenbeek

Marouan El Bali était un ami d’enfance de Sofiane Amghar. Il avait, a-t-il dit aux enquêteurs, entendu les rumeurs parlant d’un départ de ce dernier en Syrie. En janvier, a-t-il expliqué, un homme qu’il ne connaissait pas - Arshad - lui a donné un GSM, sur lequel l’appellera Sofiane Amghar. Il lui demandera notamment de lui trouver une maison avec garage et "des trucs farfelus" .

S’il est venu à Verviers, a-t-il dit, c’est par curiosité. Il pensait que son ami d’enfance, dont il savait qu’il était signalé à rechercher pour un braquage de car wash, préparait peut-être un méfait du même type. L’envie de le revoir l’a convaincu de venir à Verviers, une ville qu’il connaissait car il y avait travaillé dans le cadre de son travail d’agent de sécurité. Mal lui en a pris…


L’intervention a duré six minutes

Six minutes : c’est le temps, selon un compte-rendu rédigé par la police fédérale, qu’a duré l’intervention proprement dite des Unités spéciales contre l’appartement de la rue de la Colline le 15 janvier 2015.

A 17h09, un des deux hommes qui est dans l’appartement en sort. Il sera identifié comme Sofiane Amghar. Quatre minutes plus tard, il revient accompagné d’un autre homme dont on apprendra qu’il s’appelle Marouan El Bali. Les trois hommes discutent dans l’appartement, comme en attestent les écoutes.

A 17h40, le dispositif se met en place à proximité. A 17h42, les Unités spéciales s’approchent et font exploser les fenêtres en façade. Elles se placent à hauteur des fenêtres tandis qu’une autre équipe prend place à l’arrière du bâtiment. Les policiers s’identifient par un : "Police ! Police ! Police !" Deux tirs immédiats proviennent de l’intérieur. Au moins deux hommes ont fait usage d’armes à feu. Ils sont localisés dans la cuisine de l’appartement.

Quinze secondes après le début de l’intervention. Sofiane Amghar est dans la chambre à coucher. Il se retourne, fait face à la fenêtre qui donne vers l’arrière de l’habitation et se met à tirer lorsqu’il voit l’équipe d’intervention. Il est neutralisé.

Les équipes des Unités spéciales se reculent de la façade. Il y a un début d’incendie.

"Il n’y a de Dieu que Dieu"

Il est 17h43. Khalid Ben Larbi s’écrie : "La ilaha illa Allah." ("Il n’y a de Dieu que Dieu."), avant d’ajouter : "Allah Akbar." Les Unités spéciales procèdent à un tir à distance d’une grenade assourdissante, qui doit désorienter les personnes à l’intérieur. Elle s’écrase sur le bord de la fenêtre gauche de l’habitation.

Un tir est effectué à partir de l’endroit où sera retrouvé le cadavre de Khalid Ben Larbi. Une seconde grenade assourdissante est tirée. Elle atteint le frigo de la cuisine, provoquant l’explosion partielle de celui-ci. Deux nouveaux coups de feu sont tirés, vraisemblablement cette fois à l’aide d’une arme de poing. Ben Larbi répète : "La ilaha illa Allah."

A 17h44, les policiers entendent des gémissements à l’intérieur de l’habitation, probablement de Khalid Ben Larbi. Ils se rapprochent de l’immeuble et le voient dans la cuisine allongé une arme à la main. Il est neutralisé de l’extérieur et est gardé en vue. Des tirs proviennent encore de l’habitation. Les Unités spéciales ripostent. Ben Larbi continue de gémir.

A 17h45 et vingt secondes, les Unités spéciales disposées du côté droit de la façade se retirent. De nouveaux tirs proviennent de l’habitation. L’équipe des Unités spéciales postée à gauche riposte. A 17h46, les fumées sont trop importantes et empêchent de voir ce qui se passe à l’intérieur.

A 17h48, Marouan El Bali est aperçu à l’extérieur, entre deux fenêtres. Il serait sorti en raison des épaisses fumées. Après les injonctions d’usage, il est maîtrisé, déshabillé et transféré.

A 17h51, les Unités spéciales éteignent l’incendie avec la lance des pompiers. Deux minutes plus tard, l’incendie est sous contrôle. A 18h15, l’habitation est sécurisée par le passage du service de déminage.