Docteurs ès "crises politiques", Wilfried Martens (CD & V) et Herman De Croo (Open VLD) étaient aux premiers rangs quand, dans les années 1970-1980, les gouvernements tombaient comme des mouches. Alors, en Belgique, les crises politiques passent, et se ressemblent ? Eléments de réponse.

"On ne se trouvait pas dans la zone euro, pointe Wilfried Martens. L'euro n'existait pas, il y avait donc une pression énorme sur les hommes politiques, une pression que l'on ne retrouve plus aujourd'hui : si on ne trouvait pas de solution, si on ne parvenait pas à mettre en place une équipe gouvernementale, la pression devenait intenable." La pression sur le franc belge, les risques de dévaluation de la monnaie nationale : pendant les négociations politiques, les responsables de la Banque nationale n'étaient jamais très loin. "Juste avant ma démission au mois de mars 1981, raconte l'ancien Premier ministre, j'ai présenté un plan d'urgence concocté avec les dirigeants de la Banque nationale. D'ailleurs, ils assistaient à de nombreuses réunions et proposaient des mesures draconiennes. Ils nous disaient sans cesse qu'ils devaient intervenir à coup de milliards, chaque jour, pour soutenir la valeur du franc belge..."

"Mauvaise presse"

Aujourd'hui, poursuit Wilfried Martens, "le problème est radicalement différent". Et se pose "essentiellement en termes de mauvaise réputation de la Belgique sur la scène internationale et européenne : c'est très grave !", relève celui qui opère désormais dans les hautes sphères européennes. "Pour les investisseurs étrangers, de nombreuses questions se posent désormais, la presse internationale regorge d'articles qui pronostiquent la fin prochaine de la Belgique", termine le conservateur flamand.

Exact, embraye Herman De Croo : "L'écho que trouve cette crise à l'étranger est énorme. Des milliers des journalistes étrangers sont basés à Bruxelles pour couvrir les institutions internationales. Il y a aussi de nombreux ambassadeurs. Les répercussions de la crise politi que belge sont bien plus grandes que si la crise avait lieu à Copenhague ou à Madrid". "On parle davantage de notre crise que des crises politiques à répétition que connaissent les Pays-Bas, constate l'ancien président de la Chambre. Mais je répète à tous les ambassadeurs qu'en Belgique on use des tonnes d'encre et on parle beaucoup, mais qu'on ne verse pas une goutte de sang."

"Relativisons les choses, insiste celui qui fut ministre de l'Education nationale au sein des gouvernements dirigés par le CVP Leo Tindemans à la fin des années 1970. "On a quelques mois de crise mais, depuis 1991, nous avons connu une période de stabilité politique exceptionnelle. Beaucoup plus de matières sont gérées par les Régions et Communautés qu'auparavant." Et puis, achève le libéral flamand, "le gouvernement en "affaires courantes" gère le pays. Je n'imagine pas que les multinationales se retirent de la Belgique sauf si on n'arrive pas à former de gouvernement."