En 2007 (derniers chiffres disponibles), un peu plus de 18 000 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été déclarées en Belgique à la commission nationale d’évaluation de la loi du 3 avril 1990 - ce qui représente une moyenne de 50 avortements par jour. Par comparaison, 120 000 naissances ont été enregistrées au cours de la même année.

Pour des raisons multiples, les données contenues dans le dernier rapport "ne sont pas d’une précision scientifique", souligne elle-même la commission nationale d’évaluation de la loi. De façon inexpliquée, il reste, par exemple, des différences entre le nombre de déclarations d’IVG établies individuellement par les médecins et les rapports annuels des institutions au sein desquelles ils travaillent.

Si ces chiffres officiels sont probablement inférieurs à la réalité (tous les avortements ne sont pas déclarés, des IVG sont "masquées" sous le terme plus pudique de "curetages" ), ils permettent cependant de cerner la problématique.

Première indication : le taux belge de 15 avortements pour 100 naissances est un des plus faibles parmi les pays européens, souligne Yvon Englert, chef du service de gynécologie de l’hôpital Erasme et vice-doyen de la Faculté de médecine de l’ULB,

Deuxième constat : en 20 ans et 9 rapports bisannuels, le nombre d’IVG déclarées est, d’une année à l’autre, en légère mais constante croissance. Ainsi, pour ce qui est des évolutions les plus récentes, le nombre total d’avortements communiqués à la commission a continué d’augmenter en 2006 et en 2007 (voir infographie) par rapport à la période précédente 2004-2005, que ce soit en données brutes (1) ou corrigées (4).

La commission observe que la croissance numérique des déclarations peut avoir plusieurs causes, dont une amélioration de la manière dont la loi est perçue et appliquée par le monde médical. Au début des années 1990, les médecins étaient peut-être plus réticents et moins enclins à déclarer leurs pratiques.

Autre précision : les données figurant dans les rapports de la commission proviennent de ce que les femmes et les médecins ont déclaré, sans que la fiabilité de ces informations soit assurée. D’où le danger de tirer des conclusions péremptoires de ces statistiques. Une étude pluridisciplinaire devrait tenter d’interpréter l’ensemble de ces chiffres à la lumière d’autres données : démographiques, médicales, socio-économiques , insiste la commission d’évaluation.

Ces réserves faites, le dernier rapport livre des informations intéressantes, dont le monde politique doit s’emparer s’il veut faire diminuer le nombre d’avortements en Belgique.

L’âge moyen des femmes qui ont subi une interruption de grossesse en 2007 est de 27 ans. Le nombre de (très) jeunes adolescentes qui ont avorté est particulièrement interpellant : 107 gamines (soit 0,6 % du total d’IVG pratiquées en 2007) avaient moins de 15 ans (la plus jeune avait tout juste 12 ans) et 2 601 jeunes filles qui ont eu recours à une IVG étaient âgées de 15 à 19 ans (soit 14,5 %).

C’est dans la Région de Bruxelles-capitale qu’ont lieu un quart (25,6 %) de l’ensemble des IVG déclarées (voir infographie), soit une augmentation en deux ans de 1 % par rapport à la période précédente (2004-2005). Parallèlement, un tiers des Bruxelloises (33 %) qui se sont fait avorter se déclarent en détresse matérielle (soit une augmentation de l’ordre de 3 % par rapport à la période précédente). C’est précisément la région du pays qui connaît le taux de chômage le plus élevé, relève la commission qui se demande si la situation de crise économique dans laquelle la Belgique est entrée ne va pas accentuer cette évolution.

En Belgique, ce sont surtout des centres de planning familial qui pratiquent les interruptions de grossesse (83 %); les hôpitaux se chargeant de 17 % des avortements. Depuis 2003, une convention entre l’Inami (Institut national de maladie invalidité) et les centres extra-hospitaliers permet le paiement forfaitaire direct pour l’ensemble de la procédure médico-psycho-sociale (examens biologiques, échographiques, bactériologiques ), la pratique de l’IVG et le suivi médico-social. Concrètement, cela veut dire que la patiente paie 3,20 euros pour une interruption volontaire de grossesse, l’assurance maladie prenant à sa charge les 450 euros que coûte réellement l’intervention.

L’avortement chirurgical (par aspiration utérine, sous anesthésie locale) est possible jusqu’à 12 semaines de grossesse (14 semaines d’aménorrhée ou absence de règles) et dure environ un quart d’heure. La méthode médicamenteuse, qui doit se faire avant 5 semaines de grossesse (jusqu’à 49 jours d’aménorrhée), peut prendre plusieurs heures. Cette IVG médicamenteuse, par administration de mifégyne (ex-RU486), une antiprogestérone de synthèse, suivie 36 heures à 48 heures plus tard, de prise de prostaglandines, également par voie orale, est souvent considérée par les patientes comme "plus naturelle" parce qu’elle s’apparente à une fausse couche provoquée, relève le docteur Dominique Roynet, médecin généraliste et présidente du Gacepha (Groupe d’action des centres extra-hospitaliers pratiquant l’avortement). Elle présente cependant des contre-indications médicales (anémie, troubles de la coagulation. insuffisance hépatique ou rénale sévère ) et psychologiques.

Ce jeudi, chattez avec Myriam Terlinden, conseillère conjugale et thérapeute familiale, de 12h à 13h