Belgique

Charlotte, impératrice mélancolique

christian laporte

Publié le - Mis à jour le

L’historienne française Dominique Paoli, qui avait déjà consacré divers ouvrages à des princesses gravitant autour de la famille royale, nous revient avec une biographie de l’impératrice Charlotte, la fille de Léopold Ier. Pour rappel : après un bref passage sur le trône du Mexique dans les années 1860, elle avait fini par se retirer au château de Bouchout où elle vécut encore un demi-siècle avant de s’y éteindre le 19janvier 1927. Une vie où conte de fées princier et drames profonds se mêlent et se recoupent en raison de ses récurrentes crises maniaco-dépressives. Mais avec Charlotte, l’Histoire devint aussi énigme lorsque d’aucuns crurent voir en elle la mère jamais connue du futur général Maxime Weygand qui aurait de fait pu naître de sa grande proximité avec le chef de la Légion belge au Mexique, le colonel Alfred van der Smissen. Dominique Paoli a cependant montré dans une étude publiée il y a cinq ans que c’était impossible. Une enquête quasi-policière qui l’incita à investiguer davantage sur Charlotte.

Les rapports du Dr Jilek

"En fait, mes recherches m’ont permis d’étudier des documents essentiels pour comprendre l’évolution mentale de l’impératrice : les rapports établis par le médecin autrichien August Jilek à partir du drame mexicain jusqu’à son retour en Europe. Le Dr Jilek allait faire une sorte de psychanalyse de Charlotte avant la lettre et la ramener à une certaine sérénité. Ces documents ont connu des sorts divers et n’avaient pas encore pu être étudiés complètement. Ils permettent de jeter un regard plus complet sur la santé de Charlotte et surtout de faire le lien avec d’autres facteurs comme des antécédents familiaux ou le choc subi par Charlotte lors du décès de sa mère, la reine Louise - Marie."

De proche en proche, Dominique Paoli a reconstitué les moments de souffrance en les recoupant par de nombreuses pièces inédites conservées au Quai d’Orsay mais aussi au Palais royal de Bruxelles et dans bien d’autres lieux de la mémoire. "Les rapports médicaux et notamment ceux des médecins belges ont été peu utilisés jusqu’ici. Elle avait notamment été soignée par le Dr Joseph De Smeth, un éminent aliéniste qui a aussi pu apaiser son esprit. Tellement bien même que le demi-siècle qu’elle passa encore au château de Bouchout ne fut pas si ténébreux qu’on l’a parfois décrit car il y a eu une alternance de crises et d’exaltations mais aussi de périodes normales."

Dominique Paoli a donc recréé le parcours mental de l’impératrice en le comparant à des cas similaires dans sa parentèle.

"Sa bouée de sauvetage", constate l’historienne "fut non seulement de se réfugier dans l’illusion mais aussi son désir forcené de vouloir rester impératrice."

La recherche montre aussi un double visage de Léopold II : il n’a pas voulu abandonner sa sœur mais il n’en a pas moins récupéré une partie de son héritage qui a servi de garantie dans son aventure congolaise. Dominique Paoli montre aussi l’attention plus ou moins grande portée par la génération suivante (dont le roi Albert Ier) à leur tante.

Il en ressort aussi un portrait tout en nuances de l’impératrice. "C’était une femme qui avait beaucoup de dons et qui aurait sans doute mieux régné que Maximilien. Charlotte avait aussi hérité des talents artistiques, notamment picturaux, des Orléans. L’impératrice avait un grand sens social : elle voulait vraiment agir pour les populations indiennes au Mexique. Ce n’est pas un hasard si elle a voulu créer une maternité au Mexique qui est aujourd’hui un hôpital bien connu"

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