Ce sont les monstres jumeaux du Loch Ness des infrastructures autoroutières wallonnes, qui sortent épisodiquement du lac depuis 30 à 40 ans. Aucun décideur n’a jamais pu mener ces dossiers à bon port. Même si les milieux PS, MR et CDH les ont globalement soutenus, sous réserve de réticences ou résistances locales; même si l’un (Charleroi) avait repris vie sous la législature arc-en-ciel et l’autre (Liège) parut progresser sous la législature rouge-orange défunte.

Donc, il y a, à l’est de Liège, cette liaison CHB (Cerexhe-Heuseux/Beaufays) pour relier E 40 et E 25; et il y a, au sud de Charleroi, le dédoublement numéroté E 420 de la Nationale 5 jusqu’à Somzée, avec raccord au ring R 3. De part et d’autre, quelque 12 kilomètres. Deux dossiers distincts quoique posant des défis du même ordre, à commencer par la traversée ou le saccage de rares espaces verts; et continuant à connaître un sort assez similaire.

D’emblée, sans surprise, Ecolo fit de son hostilité auxdits "chaînons" un sujet emblématique à la fois de sa singularité et de sa participation à la nouvelle majorité. Et quasi illico, au point d’étonner, les verts décrochèrent l’engagement verbal des partenaires à y renoncer (LLB du 19/6). Les préoccupations environnementales grandissantes les y ont aidés, il est vrai; et aussi, voire d’abord, la sinistrose budgétaire - compter un gros 400 millions rien que pour CHB. Sans parler de procédures pour CHB toujours à ce jour contestées par les autorités européennes.

A l’arrivée, dans l’accord de gouvernement PS-Ecolo-CDH, le résultat reste spectaculaire, mais le principe du renoncement doit être décrypté sinon nuancé. Différencié aussi, non sans logique d’ailleurs : à Charleroi, il s’indique toujours de soulager un tronçon de voirie existante effectivement congestionné; côté Liège, il s’agit d’un maillon inexistant que ses partisans voulaient créer afin d’éviter des congestionnements futurs

Voulaient ? Veulent encore ? Une ombre persiste. Lisons l’accord : "Le gouvernement wallon veillera à ne pas poursuivre" le projet CHB. Suspension, ou arrêt ? Même entre environnementalistes, l’interprétation peut en différer : tandis que la fédération IEW dit se réjouir de "l’abandon" du projet, Greenpeace salue sa "mise au frigo". Plus qu’une nuance.

Le problème : comment une majorité pourrait-elle s’engager par-delà ses cinq ans ? Simple, expliquent les propriétaires et riverains, évidemment preneurs de garanties au-delà : en enclenchant enfin l’abandon de la zone de réservation au plan de secteur de Liège, qui gèle depuis des décennies, urbanistiquement et financièrement, le couloir de terrains sur le trajet pressenti. Or, l’Olivier y songe, mais aurait pu être plus clair. La suite : "Le gouvernement veillera à examiner les conséquences de cette décision en ce qui concerne la zone de réservation et, dès à présent, à rechercher des solutions pour les propriétaires d’immeubles situés dans cette zone et désireux de clarifier leur situation".

Désireux ? Tu parles !

Quant à Charleroi, le projet, négocié jusque bien tard par la tripartite, est fort revu à la baisse : une route - à deux bandes et plus courte - partira de la N 5 au rond-point "Ma Campagne" pour rejoindre par l’est le grand ring à la Blanche Borne à Bouffioulx. C’est là, en fait, le "dédoublement léger" que prônait notamment Ecolo depuis des années. Exit donc l’autoroute par l’ouest voulue et présentée en 2001 par l’administration (Met et Sofico) Jean-Claude Van Cauwenberghe et Michel Daerden, qui traversait Nalinnes sur toute sa hauteur; exit aussi le "Trident" (à la fois ouest à quatre bandes mais raccourci, est à deux et N 5 reconditionnée) qu’envisagea le sortant André Antoine.

Par ailleurs, on (ré) étudiera la possibilité d’une trémie sous la traversée de Nalinnes Bultia. Enfin, élément inédit : l’accord annonce l’aménagement de la N 5 avec la création en site propre d’une ligne de tram entre la gare de Charleroi-Sud et le Bultia.

En revanche, plus loin sur la N 5, le contournement de Couvin sera bien réalisé. De même qu’un "axe léger" qui concrétise la N 54 entre Lobbes et Erquelinnes. Deux autres très vieux feuilletons, plus incontestables.

Attention toutefois, tous ces points sont labellisés de cette formule, qui pourrait ne pas être de simple convenance : "En fonction des disponibilités budgétaires"