En région liégeoise, un dossier empoisonne la vie de milliers de personnes depuis 40 ans : l’achèvement du "ring" de la Cité ardente. En effet, les premières études et expropriations pour la création de la liaison autoroutière Cerexhe-Heuseux/Beaufays (dites "CHB") datent du début des années 70.

Plus précisément, ce tronçon permettrait de relier, à l’est de Liège, les autoroutes E40 (Bruxelles-Aachen) et E25 (Liège-Luxembourg) et allégerait le trafic passant par le centre-ville.

En 1987, une zone de réservation avait été inscrite au plan de secteur sur l’ensemble du tracé autoroutier pressenti. Depuis lors, les habitants de cette zone de réservation sont dans l’incertitude.

En effet, les projets des particuliers quant aux immeubles et aux terrains de la zone de réservation ont été en quelque sorte "gelés" dans l’attente de travaux qui n’ont finalement jamais commencé (mais qui ont néanmoins coûté 17,5 millions d’euros en études et autres expropriations )

En 2007, la Commission européenne s’est mêlée du dossier et a adressé une mise en demeure à la Belgique en ce qui concerne le tracé de la liaison CHB qui, au regard de la législation européenne, n’aurait pas été inscrit valablement par la Région wallonne au plan de secteur de Liège (en gros, l’étude d’incidence n’est pas complète).

Et les réponses belges (de la Région wallonne, en fait) n’ayant pas satisfait la Commission à plusieurs reprises, cette dernière menaçait d’engager une "procédure en manquement" devant la Cour de justice européenne.

Rebondissement : le 18 mars 2010, la Commission européenne a (discrètement) décidé de clôturer la procédure de mise en demeure entamée en 2009 à l’encontre des autorités belges. Pourquoi ? En raison du programme de gouvernement de l’Olivier wallon (la DPR) qui précise que "le projet autoroutier à l’est de Liège ne sera pas poursuivi".

C’est en tout cas ce qui ressort d’un courrier de la direction générale "Environnement" de la Commission européenne transmis tout récemment à un cabinet d’avocat relayant une plainte d’un riverain de la fameuse zone de réservation.

Dans cette lettre, qu’un vent favorable nous transmet, la Commission explique qu’elle va classer cette plainte en raison du contenu de la Déclaration de politique régionale (DPR, donc) du gouvernement wallon pour la législature 2009-2014.

Voilà qui devrait réjouir les "verts", eux qui avaient négocié lors de la constitution de l’Olivier wallon l’abandon du projet d’achèvement du ring liégeois (et la création d’un réseau de tram à Liège).

En effet, ce n’est pas un grand secret, cette concession environnementaliste fait grincer des dents les autres partis, singulièrement au PS et au MR. Du coup, il se murmure dans le microcosme politique que le projet de tronçon reviendrait directement à l’ordre du jour si les Ecolos devaient repasser dans l’opposition à la Région.

"La décision et les arguments évoqués par la Commission nous encouragent à aller jusqu’au bout de la DPR, explique Bernard Wesphael, chef de groupe Ecolo au Parlement wallon. Idéalement, il faudrait supprimer la zone de réservation. Mais cela doit faire l’objet de discussions entre les trois partenaires de la majorité."

Et le débat à ce sujet risque fort d’être tendu. A cet égard, Bernard Wesphael se veut réaliste : "Il y a deux sensibilités au sein du gouvernement : celle d’Ecolo d’une part et celle du PS et du CDH d’autre part."