Michel Daerden a pris son monde de court, jeudi à "Matin-Première" (RTBF). Il a, quasiment, fait une croix sur ce que leurs partisans - lui en tête - présentaient comme des "chaînons manquants". S’agissant de l’un d’eux, Cerexhe-Heuseux-Beaufays (CHB), le ministre (PS) wallon sortant de l’Equipement et des Finances a eu cette formule lapidaire mais de poids : "J’ai compris que ça ne risque pas de se réaliser dans les prochains mois, pour des raisons politiques et budgétaires."

Il l’a dit comme si c’était une évidence, ou un détail. Or, ce n’est ni l’une, ni l’autre ! Certes, renseignements pris, on n’en est ici qu’à un engagement verbal, acquis lors des drôles de préliminaires qui ont précédé la plantation des Oliviers. Il s’agit encore de coucher sur papier l’abandon des chantiers exigé par Ecolo. Voire, idéalement, de préciser des alternatives. N’empêche, déjà à ce stade, on n’a pas souvenance d’une emprise aussi rapide, symbolique et significative d’un seul partenaire à l’entame de négociations d’exécutifs. Car y aurait-il eu reconduction PS-CDH ou tripartite traditionnelle, on n’en serait pas là, même en dépit des nébulosités budgétaires : sans préjudice de réticences locales, PS, MR et CDH ont toujours soutenu les deux chaînons. PS et CDH singulièrement venaient de le réaffirmer à la fois dans leur décret Dar (les permis parlementaires) et leur plan de relance (avec le tram à Liège pour "antidote"). Et dans le questionnaire préélectoral de "La Libre", Ecolo avait redit "non" aux chaînons ; le PS et le MR, "oui" ; et le CDH avait sorti son joker (un point d’interrogation gros comme un semi-remorque).

Pour énième rappel, on parle ici, d’une part, à l’est de Liège, de cette liaison CHB qui relierait l’E 40 et l’E 25 ; d’autre part, au sud de Charleroi, du dédoublement numéroté E 420 de la Nationale 5 jusque Nalinnes, Tarcienne ou Somzée, avec raccord aux rings (R 3 et R 9) - à ne pas confondre, plus bas sur cette même N 5, avec le contournement de Couvin (qui, lui, paraît incontournable désormais, pour être très avancé sur papier et bien moins contesté que les deux autres dossiers).

Dingue : voilà 40 ans que, de part et d’autre, le sujet revient par éclipses ! Et voilà 40 ans qu’aucun exécutif ne s’en sort, en butte aux aléas techniques, réglementaires, financiers, humains et environnementaux des chantiers, à devoir ancrer dans les poumons verts des deux agglomérations Côté Liège, CHB et ses opposants reprirent vie surtout sous cette législature, le projet marquant ensuite le pas pour des suspicions européennes toujours pendantes à l’égard de procédures tant urbanistiques que financières. Côté Charleroi, le dossier reprit corps au printemps 2001, avec la publication par l’administration régionale d’un tracé ouest (par Nalinnes) qui n’eut d’autre effet que de ressortir un tracé est (par Gerpinnes). L’exécutif arc-en-ciel étant impuissant à trancher, André Antoine, sous le suivant, travailla sur trois voies, dites "le trident" (ouest, est, et N 5 même). Avec nouvelles études d’incidence, et nouvelles résistances.

On en était là. On en restera là ? Plus d’un automobiliste doit déjà pester. Et plus d’un riverain doit déjà être soulagé Quoique. Aux alentours des parcours pressentis, paralysés par des décennies de supputations, on aimerait des garanties plus définitives : que ce ne soit pas une suspension, mais un abandon. Or, comment un gouvernement pourrait-il s’engager pour les suivants ?