L'ardoise de la construction d'une 4 éme écluse à Lanaye risque d'être revue à la hausse pour les autorités wallonnes. Et ce, en raison d'une révision à la baisse de l'enveloppe des subsides européens consacrés aux infrastructures du Réseau transeuropéen (RTE) au profit des projets de recherche. «Cela fait quelques mois que les autorités wallonnes savent qu'elles n'auront plus ce qu'elles espéraient, mais il y a des démarches en cours pour que la réduction ne soit pas trop drastique», dit-on. Lanaye est un point de passage essentiel pour le trafic européen au départ du port d'Anvers vers les pays d'Europe centrale et orientale via la liaison Rhin-Main-Danube.

La 4 éme écluse sera plus grande que les 3 actuelles et affichera 25 m de largeur contre 220 m de longueur. Actuellement, la surface d'éclusage est de 3 000 m, pour 9 150 m sur le canal Albert et 6 450 m sur le canal Juliana. Avec la 4 éme écluse, la surface du complexe sera de 8 500 m. En attendant de connaître l'importance de la baisse, l'étude socio-économique du projet a livré ses chiffres. Le conseil d'administration de la Sofico (maître d'ouvrage) en a récemment pris connaissance et ceux-ci sont loin de faire l'unanimité. «Les chiffres sont trop mirobolants pour être entièrement objectifs. Par ailleurs, le budget qui lui a été consacré me paraît insuffisant», dénonce un membre du conseil d'administration de la Sofico, préférant garder l'anonymat. L'étude, réalisée par l'association momentanée formée par Tractebel Development Engineering et Resource analysis, a coûté environ 200 000 €. Selon les auteurs, les coûts d'investissement liés à la construction de la 4 éme écluse de Lanaye (y compris la réalisation des équipements annexes et de la centrale hydroélectrique-station de pompage) s'élèvent à 90,104 millions d'euros. «L'exploitation de la 4 éme écluse n'induira pas en soi de coût d'exploitation supplémentaire, car le nombre d'éclusiers, gardiens et personnel administratif restera identique à la situation actuelle et ce personnel continuera à travailler par pauses», disent-ils. Ils évoquent divers coûts: coûts liés à la consommation d'énergie électrique évalués à 324 120 € par an et 389 267 € par an pour l'usage de la station de pompage; coûts relatifs au personnel, aux véhicules, matériel et analyses (1,5 pc de l'investissement); coûts relatifs aux infrastructures (1 pc de l'investissement), etc. Le coût global du projet est évalué à 118 194 411 € (études et travaux).

50 000 visiteurs par an

Des recettes sont également calculées. La production annuelle de la centrale hydroélectrique devrait générer une recette annuelle de 1,472 million d'euros, le trafic supplémentaire rapportera des gains à concurrence de 0,002473 € (HTVA) par tonne-kilomètre. L'étude indique que le site du complexe éclusier de Lanaye attirera, après les travaux, environ 50 000 visiteurs par an avec à la clé une recette nette moyenne de 3 € par personne. Des travaux préparatoires devraient être adjugés à la fin du mois d'août. Ils visent l'aménagement d'une zone de remblai avec construction d'une piste d'accès au chantier (6,850 millions d'euros) et la construction de locaux d'accueil avec démolition des maisons éclusières sur le site (650 000 €). Mais ils pourraient être repoussés, car au niveau du gouvernement, certains ministres exigent de leur collègue de tutelle (Michel Daerden) des garanties sur la viabilité financière du projet avant de donner leur aval.

© La Libre Belgique 2006